Décédé à l’âge de 94 ans, le réalisateur français a tourné seulement huit films pendant toute sa carrière. Pour Jean-Paul Rappeneau, il était très important de laisser le temps au temps pour faire naître une œuvre. En revanche, la liste des noms célèbres avec lesquels il avait travaillé donne le vertige : Yves Montand, Jean-Paul Belmondo, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve… L’histoire du cinéma retiendra avant tout son exploit avec Cyrano de Bergerac, où il a porté Gérard Depardieu à son sommet dans le rôle-titre. Écrite par Edmond Rostand à la fin du XIXᵉ siècle, il a eu l’audace d’adapter la pièce sur grand écran en faisant réciter les personnages en vers. Résultat : un public plus qu’enthousiaste et dix César décrochés en 1991, dont celui du meilleur réalisateur.
Jean-Paul Rappeneau, un autodidacte
Né le 8 avril 1932 à Auxerre, dans l’Yonne, dans une famille nombreuse, c’est en autodidacte que ce curieux et ambitieux cinéaste avait grimpé les échelons pour devenir une star du cinéma français. C’est en tant que scénariste pour les films de Louis Malle, dont Zazie dans le métro ou Vie privée, que Jean-Paul Rappeneau avait appris les bases du cinéma et développé son sens du perfectionnisme. En 1966, il réalise son premier grand film, La Vie de château, qui se déroule à l’époque de l’occupation allemande, avec un Philippe Noiret dans le rôle du châtelain, une Catherine Deneuve incarnant à merveille l’épouse qui s’ennuie à mort, et le père de celle-ci, chef résistant, interprété par Pierre Brasseur.
Dans les années 1960, à l’avènement de la Nouvelle Vague, il a persisté à faire des films à la fois populaires et exigeants. Rappeneau a su utiliser son génie de scénariste pour transformer des sujets souvent difficiles en films populaires, qui dépassaient souvent les 2 millions d’entrées en France. En 1971, dans Les Mariés de l’an II, Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert jouent un couple qui se retrouve en plein divorce à l’époque d’une importante mobilisation populaire contre les invasions étrangères lors de la Révolution française.
Dans Tout feu, tout flamme, Rappeneau démontre de nouveau son plaisir de filmer en dirigeant Yves Montand, Isabelle Adjani et Alain Souchon. Sorti en 1981, le film nous fait vivre l’histoire de Pauline, brillante polytechnicienne et mère de trois filles, qui a été quittée par un mari qui réapparaît un jour pour vendre l’immeuble familial en vue de l’achat d’un casino sur les rives du lac Léman…
« Cyrano de Bergerac », le film à cinq millions d’entrées
En 1991 advient la consécration de sa carrière. Avec dix César remportés par Cyrano de Bergerac, film à cinq millions d’entrées, il égale le record du Dernier Métro de François Truffaut. En plus du César, Gérard Depardieu remporte aussi le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Aux Golden Globes, le film de Rappeneau obtient le très convoité prix du meilleur film en langue étrangère, puis ensuite l’Oscar de la meilleure création de costumes.
Par la suite, il n’a signé que deux autres films avant de publier en 2025 ses mémoires, Vive allure. Le Hussard sur le toit, en 1995, était l’adaptation d’un roman difficile de Jean Giono, mettant au défi Olivier Martinez et Juliette Binoche. Et en 2015, il a sorti sa toute dernière œuvre, Belles Familles, une comédie dramatique avec Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth dans les rôles principaux.
Il laisse derrière lui deux fils : le réalisateur et scénariste Julien Rappeneau, né en 1971, et le musicien Martin Rappeneau, né en 1976, tous deux issus de son union avec Claude-Lise Cornely, épousée en 1971.

