Si nous avons tous un cerveau qui se ressemble plus ou moins, nous n’en faisons pas le même usage. Mais une des choses qui caractérise le cerveau humain, c’est son esprit d’initiative et son goût pour l’entreprise. Et dans ce domaine, certains se sont fait une réputation mondiale dans la capacité à prendre les bonnes décisions quand il s’agit d’entreprendre. Pour comprendre pourquoi l’être humain a tellement besoin d’entreprendre, une équipe de chercheurs en neurosciences du Centre de recherches interdisciplinaires de l’université de Liège est allée plonger dans les profondeurs du cerveau de 23 grands entrepreneurs et 17 managers de grandes organisations grâce à une technique d’imagerie médicale appelée imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).
Les grands entrepreneurs ont-ils un cerveau différent des autres ?
En analysant l’activité cérébrale à travers les variations du flux sanguin grâce à l’IRMf, l’équipe de chercheurs menée par Frédéric Ooms a remarqué que les personnes douées d’un esprit entrepreneurial plus développé présentaient en état de repos un surplus d’oxygène et une connexion neuronale plus développée entre deux régions de l’hémisphère droit du cerveau, l’insula et le cortex préfrontal. Ces deux zones sont impliquées notamment dans la flexibilité cognitive (à savoir la capacité du cerveau à ajuster son activité et à basculer entre les différentes tâches), la propension à la pensée divergente ainsi que dans la prise de décisions, des facultés identifiées par les neurosciences comme essentielles pour les entrepreneurs. Ces données rejoignent une autre étude de 2024 publiée par le Journal of Business Venturing Insights, selon laquelle les entrepreneurs de métier présentaient un volume de matière grise plus important que la moyenne au niveau de l’insula gauche.
Quelles sont les raisons qui poussent notre cerveau à entreprendre ?
Ces travaux ont amené l’équipe menée par Frédéric Ooms à se demander si l’entrepreneuriat façonnait notre cerveau ou si les facultés de l’esprit entrepreneurial étaient innées. Ces recherches s’intègrent autour du concept de plasticité cérébrale (ou plasticité neuronale), c’est-à-dire la capacité de notre cerveau à reprogrammer ses connexions neuronales tout au long de la vie sous l’effet de nos expériences et de nos apprentissages. Il serait alors possible, par le biais de l’entraînement cérébral, d’élaborer des approches de formation spécifiques permettant à quiconque de devenir un entrepreneur en série, y compris celles et ceux qui ne présentent pas de prédispositions particulières. Des recherches, encore en cours et menées à l’aide de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), espèrent de leur côté identifier la part génétique de l’esprit entrepreneurial, et nous aider à comprendre quelle est sa part dans la programmation naturelle de notre cerveau, notamment en rapport avec sa quête perpétuelle de survie.
Comment apprivoiser la peur d’entreprendre ?
Si l’esprit entrepreneurial sommeille donc en chacun de nous, quelque part entre notre insula et notre cortex préfrontal, celui-ci n’est pas évident pour tout le monde. À l’inverse, certaines personnes semblent naturellement réfractaires à l’idée d’entreprendre. Cette peur d’entreprendre est notamment liée au côté naturellement conservateur face à l’incertitude de notre cerveau, qui est programmé pour la survie, mais aussi à une certaine forme de procrastination. Dans ce contexte, entreprendre peut être perçu comme une menace à notre équilibre. Pour les dépasser, il est donc nécessaire de remettre en question les biais négatifs naturels de notre cerveau et certaines de nos croyances, et d’accepter les perspectives positives comme négatives provenant de l’expérience dans le processus d’entreprendre.
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