Après sa diète médiatique aux municipales, Sébastien Lecornu a replongé mardi dans le chaudron de l’Assemblée nationale, où il a été mis sous pression sur les prix des carburants, une préoccupation concrète des Français à laquelle le gouvernement peine à répondre.
Pas moins de huit questions au gouvernement ont porté sur l’envolée des prix à la pompe du fait de la guerre au Moyen-Orient et du blocage du stratégique détroit d’Ormuz.
Mais le Premier ministre n’a pas annoncé de nouvelles mesures, indiquant juste que son gouvernement préparait des propositions pour les « grands rouleurs » qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler, sans plus de détails.
Astreint à la discipline budgétaire, le gouvernement refuse à ce stade de baisser les taxes sur les carburants, s’attelant à pallier les difficultés de trésorerie des secteurs touchés, comme les agriculteurs, les transporteurs, les pêcheurs ou prochainement la chimie.
M. Lecornu a aussi demandé lundi aux raffineurs d’augmenter leurs capacités, mais leurs marges de manoeuvre sont très limitées.
« Derrière un chèque, très vite se cache en général un impôt ou une répercussion très grave pour les déficits », a prévenu le chef du gouvernement.
Dans ce contexte international, le Premier ministre ouvrira également un débat sans vote mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat sur le conflit au Moyen-Orient, qui portera sur les questions de défense, de diplomatie mais aussi sur le « modèle énergétique » français.
Il a confié à ce sujet mardi à sa ministre de l’Energie Maud Bregeon une mission de deux mois visant à « renforcer » le recours aux certificats d’énergie (CEE). Ce dispositif de financement de la transition énergétiques, qui repose sur les contributions des fournisseurs d’énergie (TotalEnergies, Engie…), doit favoriser l’usage de l’électricité d’origine « décarbonée », et ainsi réduire la dépendance aux énergies fossiles importées.
– « Mesurettes » –
Mais les députés ont dénoncé mardi un manque d’ambition du gouvernement.
« Ce n’est pas ça qui va changer en quoi que ce soit le prix à la pompe », a critiqué mardi matin le député LFI Eric Coquerel, qui demande un « blocage des prix », une solution écartée par le gouvernement en raison d’un « risque de pénurie ».
Le député du RN Jean-Philippe Tanguy a fustigé « des mesurettes ». Marine Le Pen (RN), qui appelle régulièrement à un abaissement de 20% à 5,5% de la TVA sur les carburants, a jugé que l’Etat devenait un « profiteur de crise ».
A défaut de pouvoir s’engager dans de grandes réformes sur lesquelles il risquerait d’être censuré à l’approche de la présidentielle, Sébastien Lecornu affiche sa volonté de répondre aux préoccupations concrètes des Français.
Devenu lui-même maire-adjoint de Vernon (Eure) mais sans s’être impliqué dans la campagne des municipales où son camp n’a pas brillé, « il veut passer de Premier ministre habile » à faire adopter le budget avec l’aide des socialistes « à Premier ministre utile », résume un conseiller.
La faible participation aux élections, qui n’ont « sacré personne », impose d' »agir concrètement, au plus près du terrain » et dans un esprit de compromis, a fait valoir M. Lecornu dans un courrier aux maires lundi.
– Controverse –
Comme les nouveaux édiles, il a présenté dans cette lettre ses priorités: la sécurité, sur laquelle un projet de loi sera présenté mercredi en Conseil des ministres, la simplification, la décentralisation ou encore la santé, avec une réforme des Agences régionales de santé (ARS) annoncée « dans les tout prochains jours ».
Mais la fenêtre parlementaire est étroite avant une nouvelle interruption des travaux pour les sénatoriales en septembre. Or les textes sont nombreux, et au gouvernement, « tout le monde aiguise ses couteaux pour faire de la place », rapporte un conseiller ministériel.
Tous ne portent pas sur la vie quotidienne et nourriront quelques joutes parlementaires. Comme la proposition de loi de Caroline Yadan (apparentée Renaissance) visant à lutter contre « les nouvelles formes » d’antisémitisme, qui suscite la controverse à gauche. Elle a été inscrite en séance à l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril.
Le chef du gouvernement entend préparer dès à présent le prochain budget, dont les débats s’annoncent périlleux à quelques mois de la présidentielle. Il présidera à cet effet une réunion à Bercy vendredi, où il fera également un point sur le déficit, que le gouvernement promet à 5% en 2026.
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