Le Chilien Nicolas Zepeda, rejugé à Lyon (centre-est) pour l’assassinat il y a dix ans de son ex-petite amie japonaise, s’est montré confus, jeudi, face à un feu nourri de questions soulignant les incohérences de son récit.
Au troisième jour du procès, le président de la cour d’assises du Rhône Éric Chalbos a surpris tout le monde en lançant l’interrogatoire de l’accusé, prévu la semaine suivante.
Point par point, le magistrat est revenu sur les déclarations de Nicolas Zepeda depuis ses premières auditions au Chili fin 2016, les confrontant aux éléments matériels recueillis alors par les enquêteurs.
Pour ces derniers, Narumi Kurosaki, 21 ans, venue étudier le Français à Besançon (est), a été tuée dans sa chambre universitaire le 4 décembre 2016 par Nicolas Zepeda, qui a ensuite fait disparaître son corps dans un sous-bois.
Pourquoi le Chilien, qui se trouvait en France à ce moment-là, a-t-il d’abord « menti » aux enquêteurs en prétextant un voyage d’études ?, interroge Éric Chalbos.
« J’étais venu pour essayer d’avoir des réponses de Narumi après sa rupture », bafouille l’accusé dans un français parfait teinté d’un accent espagnol.
Pourquoi est-il sorti de l’autoroute pour un arrêt de plusieurs heures dans un sous-bois bordé d’une rivière avant d’arriver à Besançon? Où il reviendra stationner deux heures durant après être sorti de la chambre de Narumi, selon le bornage de son téléphone.
« J’étais fatigué, j’avais besoin de me reposer », souffle-t-il confusément, en se dandinant. « Et les aires d’autoroute? », suggère M. Chalbos. « C’est vrai, j’aurais pu »…
Pourquoi avoir acheté un spray à la javel, un bidon de 5 litres de combustible et une boîte d’allumettes?
Pour nettoyer une tâche dans la voiture, pour vider et remplir le bidon avec de l’essence « au cas où je tombe en panne », et « parce que la boîte d’allumettes était « jolie » et que « je voulais la rapporter » en souvenir au Chili, rétorque Zepeda.
« Vous l’avez rapportée ? », s’enquiert l’avocate de la famille Kurosaki. « Oui ». « À travers les contrôles de sécurité de l’aéroport et votre unique valise de cabine? », le piège Me Sylvie Galley. « Euh… oui. C’est possible », réplique l’accusé.
– « Long râle » –
Et qu’a-t-il à dire sur les trois jours, où il a été vu garé devant la résidence universitaire de la jeune fille, puis caché dans la cuisine ?
Il était « allé frapper à sa porte, mais elle n’était pas là », dit-il d’une voix chevrotante, niant avoir espionné Narumi et son nouveau petit ami Arthur.
Nicolas Zepeda assure être tombé fortuitement sur la jeune femme le 4 décembre, l’avoir emmenée dîner au restaurant et avoir été invité ensuite dans sa chambre, après leur réconciliation.
Dans la nuit, plusieurs étudiants entendent dans le bâtiment des « hurlements de terreur » de femme conclus par un « long râle », comme en témoigne l’un d’eux à la barre.
« Je dormais, je n’ai rien entendu », bredouille Zepeda, qui reconnaît avoir passé 30 heures sur place.
« À la police chilienne, vous aviez d’abord dit (…) que Narumi avait été très réceptive et excitée » et émis des « gémissements expressifs », rappelle M. Chalbos.
Et pourquoi n’a-t-il pas ouvert la porte quand Arthur et cinq étudiants, inquiets de l’absence de la jeune femme, ont frappé à sa porte le soir suivant ? « Elle m’a fait signe de ne pas faire de bruit », assure Zepeda.
En détention provisoire depuis son extradition en France en 2020, Nicolas Zepeda a été condamné à 28 ans de prison en 2022, puis à la même peine en appel en 2023, malgré l’absence de corps et d’aveux.
La cour de cassation ayant annulé le verdict pour un vice de procédure, il est rejugé pour la troisième fois.
« Vous disiez l’aimer passionnément, vous rêvez à Narumi », l’interroge Me Galley ? « Oui, cela m’arrive », répond-il en pleurs. « Vous rêvez d’elle morte ? » Non, je rêve que ça va bien »…
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