Au pied de son citronnier, Josette Ournac ne peut retenir ses larmes. Elle vient de bêcher la terre et contemple sa parcelle de 950 mètres carrés : les rangées d’artichauts, poireaux et choux-fleurs, les amandiers en fleur, le banc où elle prend le soleil. Dans ce jardin hérité de ses grands-parents, elle récolte à la fois des souvenirs et de quoi nourrir ses enfants et petits-enfants. « C’est mon paradis sur terre et on veut me l’enlever. Je meurs à petit feu », confie cette femme de 91 ans à la chevelure blanche. Pour la première fois de sa vie, raconte-t-elle, elle prend des antidépresseurs. « Et pourtant, j’en ai connu, des coups durs. »
Josette Ournac compte parmi les 44 propriétaires de 51 parcelles qui font l’objet d’un arrêté d’expropriation à Gruissan, dans l’Aude, près de Narbonne. A l’origine de la mesure, la construction d’un quartier de 730 logements sur une zone naturelle de 32 hectares, la Sagne. Porté par le maire, Didier Codorniou (Parti radical de gauche), le projet enflamme la campagne des élections municipales. Son slogan promettant de faire de la ville la première station balnéaire sans voiture alimente aussi les crispations. Un condensé des tensions et contradictions qui traversent la transition écologique.
« Le projet de la Sagne a fracturé le village », regrette Michel Blanc, tête de l’une des deux listes d’opposition, qui se veut apolitique. Autour de la zone, banderoles et pancartes fleurissent : « Stop au béton », « Oui aux légumes, non au bitume ». Le maire, qui reconnaît un sujet « sensible », raconte avoir retrouvé sa maison taguée d’injures. Des deux côtés, la lassitude domine après plus de dix ans de conflit.
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