Vous avez été brièvement arrêtée mercredi 28 janvier par les services de sécurité cubains. Que s’est-il passé au juste ?
Mon mari, le journaliste Reinaldo Escobar, et moi étions invités à participer à une réception organisée à la résidence du chargé d’affaires des États-Unis à La Havane, Mike Hammer. Les tensions entre Washington et La Havane ont rendu la police politique cubaine très nerveuse et nous avons décidé de quitter séparément notre immeuble. Mon mari a été arrêté dès qu’il est sorti. Pour ma part, j’ai pu atteindre l’avenue Rancho Boyeros. Puis, je me suis rendu compte que j’étais suivie par un jeune homme qui m’a interpellée par mon prénom. Il m’a dit de m’arrêter, que je ne pouvais pas sortir de chez moi, et m’a montré une carte du département de la Sécurité d’État. Un autre jeune homme et deux femmes sont arrivés pour m’escorter chez moi et m’ont interdit de sortir avant le lendemain, jeudi.
Ce genre d’intervention est-il habituel ?
Empêcher les journalistes indépendants de sortir de chez eux est une pratique répressive de longue date à Cuba. Il s’agit d’une atteinte au droit de circuler librement, mais aussi d’une violation du droit journalistique à l’information car j’aurais pu vouloir raconter, rapporter ou interviewer l’une des personnes présentes.
En ce qui vous concerne, ce n’est pas la première fois que cela vous arrive…
J’ai subi toutes sortes de stratégies répressives. L’une d’entre elles, qui dure depuis plus de 20 ans, est ce que j’appelle la lapidation sociale. Cela consiste à m’insulter, à me dénigrer et à inventer des mensonges à mon sujet dans les médias officiels afin de me provoquer une sorte de mort sociale. Cette stratégie a échoué et a contribué à promouvoir mon travail auprès de la population cubaine. Mais cela a été difficile à vivre. Les arrestations par la police se sont également succédé. Je n’ai jamais été jugée et je n’ai jamais été en prison, mais j’ai connu la violence policière et les détentions de courte durée dans les cellules des commissariats, les assignations à résidence et les “actes de répudiation” [des manifestations violentes organisées devant le domicile de personnes considérées comme des opposants au régime]. On ne s’y habitue jamais.
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