François Bayrou se dit « troublé », selon son entourage, par la condamnation de Marine Le Pen, Laurent Wauquiez regrette une « décision très lourde »… Le jugement qui empêche, à ce stade, Marine Le Pen de candidater à l’élection présidentielle en 2027 a entraîné des réactions très contrastées dans la classe politique.
Le Rassemblement national, en premier lieu, a fustigé une décision « politique », son président Jordan Bardella affirmant que « la démocratie française est exécutée ».
Mais pour Xavier Bertrand, président LR des Hauts-de-France et adversaire de longue date du parti d’extrême droite, ces arguments ne tiennent pas. Ceux qui critiquent le jugement de lundi « ont tort de tomber dans le piège tendu par madame Le Pen et le Rassemblement national », a-t-il déclaré sur RTL ce mercredi 2 avril.
« C’est notre argent qui a été détourné »
« Le piège, c’est celui de la victimisation. Madame Le Pen n’est pas victime d’une erreur judiciaire. Elle a été reconnue, par le tribunal correctionnel, coupable de faits extrêmement graves: détournement de fonds publics. Et pas n’importe quoi, pas une petite somme: plus de 4 millions d’euros », a ajouté le président de région.
Et Xavier Bertrand d’enfoncer le clou: « Détournement d’argent public, cela veut dire que c’est notre argent (…) qui a été détourné pour financer le train de vie du Rassemblement national. »
Un « système » pour de détournement de fonds publics
Marine Le Pen a été condamnée ce lundi à une peine immédiate de cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des assistants parlementaires européens RN. Elle a également écopé de quatre ans d’emprisonnement, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique (elle n’ira pas en prison), et d’une amende de 100.000 euros.
Le tribunal de Paris a « pris en considération, outre le risque de récidive, le trouble majeur à l’ordre public, en l’espèce le fait que soit candidate à l’élection présidentielle une personne déjà condamnée en première instance », a justifié la présidente.
La peine d’inéligibilité « apparaît nécessaire », a-t-elle expliqué, soulignant la « gravité des faits », « leur nature systématique », « leur durée », le « montant des fonds détournés » mais aussi « la qualité d’élu » des personnes condamnées.
Il a également considéré qu’il y avait bien eu un « système » entre 2004 et 2016 pour faire faire des « économies » au RN en payant avec l’argent du Parlement européen des assistants d’eurodéputés travaillant pour le parti. Vingt-trois autres personnes ont été condamnées, ainsi que le FN devenu RN.
Bertrand opposé à toute « loi d’exception pour sauver » Le Pen
Il est « impensable » de faire un traitement de faveur avec « une loi d’exception pour sauver Madame Le Pen », a fustigé mercredi Xavier Bertrand, en référence à la proposition de loi pour supprimer l’exécution provisoire qu’Éric Ciotti veut déposer.
« Ce serait impensable parce que ça voudrait dire que l’Assemblée nationale remplace la Cour d’appel, que l’Assemblée nationale intervient avant la Cour d’appel, arrêtons cette confusion des genres », s’est insurgé le président LR de la région Hauts-de-France sur RTL.
Xavier Bertrand a déploré un traitement de faveur envers la patronne des députés RN à l’Assemblée pour laquelle « on trouverait la place pour une loi d’exception pour (la) sauver », alors qu' »on ne trouve pas la place » pour voter les « urgences », évoquant notamment la loi sur les homicides routiers ou celle sur la justice des mineurs. Pour l’élu LR, cette proposition de « loi Ciotti, Le Pen » reviendrait à « contourner la justice ».
Une décision « rendue au terme d’un procès équitable »
Les violentes critiques du RN ont poussé l’un des deux plus hauts magistrats de France, le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz, à dénoncer des propos « inacceptables » et à défendre une justice qui « n’est pas politique ». « La décision a été rendue au terme d’un procès équitable, à la suite d’un débat contradictoire qui a duré deux mois, une instruction qui a duré des années », a réagi le magistrat.
Mardi, François Bayrou a assuré devant les députés que le gouvernement n’avait « pas le droit » de « critiquer » une décision de justice. Mais il a fait part de ses « interrogations » sur l’application immédiate de l’inéligibilité, considérant qu’une « réflexion » doit être conduite par les parlementaires. « La loi à partir de laquelle les juges ont pris leur décision a été votée par le Parlement » et « c’est le Parlement qui décidera si oui ou non, il convient de toucher à l’écriture de la loi ».
En attendant, Marine Le Pen a fait appel et la justice a annoncé qu’une décision en appel devrait être rendue à « l’été 2026 », donc bien avant l’élection de 2027.
Article original publié sur BFMTV.com