- Etes-vous prêts à payer 30 euros supplémentaires pour ne pas attendre et passer devant tout le monde chez le médecin ?
- À Paris, des centres médicaux d’un groupe privé font scandale en proposant ce service de coupe-files.
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Entre un parc d’attraction et un cabinet médical, difficile, a priori, d’imaginer le moindre point commun. Il y en a pourtant un, voire deux désormais : un temps d’attente parfois considéré comme excessif, et la possibilité, dans le privé, de s’offrir, moyennant une somme d’argent supplémentaire, un coupe-file, c’est-à-dire une garantie de ne pas devoir attendre, quitte à ce que cela implique de décaler des prises de rendez-vous classiques fixées auparavant. Une pratique en cours depuis de nombreuses années dans les aéroports, les musées, les salles de concert, et donc les parcs d’attraction. Mais qui, en l’occurrence, suscite une vive polémique, certains y voyant les prémices d’une santé à deux vitesses.
Mi-juillet, Lucie Castets, maire du XIIe arrondissement, a alerté sur ces méthodes au Conseil de Paris, portant un texte adopté à l’unanimité pour dénoncer une « financiarisation de la santé »
et demander la suspension de l’ouverture du troisième centre médical privé francilien d’une société proposant déjà ce type de surfacturation dans ses deux autres centres de la capitale. Dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article, notre journaliste Roxane Sygula fait le test en essayant de prendre rendez-vous par téléphone. Résultat : 30 euros de « frais de service »
à verser, non remboursables par la Sécurité sociale, en plus du prix de la consultation, contre la garantie d’une prise en charge dans l’heure.
Contactée ce jeudi 23 juillet, la société concernée s’en défend ainsi, par la voix du directeur d’un des cabinets médicaux : « Nous sommes une réponse aux millions de patients qui ont besoin d’être vus rapidement par un médecin. Nous venons en complément du médecin traitant et des urgences hospitalières. »
Sous couvert d’anonymat, une salariée de ce centre vante elle aussi ce dispositif, exemple récent à l’appui : « Il y a une dame, la dernière fois, qui avait un bout de verre dans le pied. Elle est venue ici, au lieu d’aller aux urgences. On lui a retiré son bout de verre et elle repartie soignée avec des pansements. »
Manière de souligner que les services d’urgences publics, saturés pour la plupart, ne permettent plus une prise en charge aussi rapide.
Il n’empêche : dès l’été 2025, l’Assurance maladie elle-même a condamné publiquement (nouvelle fenêtre) ces pratiques, s’agissant du cas spécifique des téléconsultations, affirmant que « toute majoration tarifaire conditionnant l’accès à la téléconsultation, y compris sous forme de coupe-file, est interdite »
, puis ajoutant que « le ministère de la Santé va prochainement rappeler aux sociétés de téléconsultation l’interdiction de facturer des frais annexes »
et que « la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) pourra lancer des contrôles complémentaires »
. Le sujet a, du reste, été abordé par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) et la Cnam lors des Assises de la télémédecine, mais sans qu’aucune décision n’apparaisse finalement dans les conclusions restituées au ministère de la Santé le 26 janvier 2026, au-delà de la priorisation des personnes vulnérables.
Plus largement, MG France, premier syndicat des médecins généralistes français, a publié le 19 avril dernier un texte (nouvelle fenêtre) déplorant la grande « tolérance »
des pouvoirs publics pour « la médecine business »
. Un texte qui épingle, au passage, d’autres types de surfacturations que les coupe-files constatées dans des cabinets médicaux privés. Citons pêle-mêle quelques exemples ainsi recensés, toutes sociétés confondues : 12,50 euros de plus « pour seulement s’enregistrer avant toute consultation »
, 40 euros de « frais d’accès »
à une cabine de téléconsultation, 9 euros pour y accéder plus rapidement, un obscur « forfait structure »
de 25 euros… Sur le réseau social LinkedIn, le docteur Jean Tafazzoli, conseiller à l’ordre des médecins, pointe, lui, que ces sociétés « facturent non pas des soins, mais des frais d’accès »
, tout patient devenant à la fois « patient des médecins et client d’une plateforme »
. Mais seulement s’il a la chance de pouvoir s’offrir un tel luxe. Celui d’être vite soigné.




