Comme un air de campagne présidentielle. Le Salon de l’agriculture a beau devenir le centre de la vie politique pendant quelques jours chaque année, il prendra à partir de ce samedi des allures de débats entre candidats pour 2027.
Jugez le menu: une visite XXL d’Emmanuel Macron ce samedi qui, s’il ne peut pas se représenter l’an prochain, devrait s’impliquer jusqu’au bout à l’Élysée. Le lendemain, ce sera au tour du presque candidat Gabriel Attal de déambuler entre poules, chiens et moutons, mais sans les vaches, privées de salon cette année pour cause de dermatose nodulaire. Ce sera ensuite à Sébastien Lecornu de marcher dans les allées ce lundi, toujours officiellement sans ambition présidentielle, à moins que l’horizon ne se dégage pour lui.
« Le Salon ressemble à un début de campagne présidentielle et on sent bien que les politiques qui y seront ne viendront que pour tester leur popularité et avoir de belles vidéos sur les réseaux sociaux », observe Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique, auprès de BFM.
« De beaux moments de télévision »
Dans une atmosphère politique très tendue autour de la mort de Quentin Deranque le week-end dernier, et un contexte politique agricole inflammable notamment autour de l’adoption du traité de libre-échange entre les pays de l’Union européenne et du Mercosur, les travées du Salon s’annoncent électriques. Et à presque un an de la présidentielle, l’occasion est trop belle donc pour ne pas se mettre en scène. Quitte parfois à en faire beaucoup, à l’instar du chef de l’État qui avait déambulé pas moins de 14 heures au salon en 2019.
« Le Salon, c’est le moment où les Français peuvent alpaguer directement les politiques, que ce soit pour les agriculteurs ou les badauds. Plus vous avez une ambiance politique tendue dans la société, plus les échanges peuvent donner de beaux moments de télévision, toujours utiles pour être identifié », avance l’ancien ministre de l’Agriculture de Jacques Chirac, Dominique Bussereau.
Difficile de lui donner tort: entre les différents halls du Salon, les dizaines d’allées, les passages obligés parmi les stands de victuailles, un politique peut croiser plusieurs milliers de personnes en une seule journée.
Foire d’empoigne dans les allées
Quitte à parfois mettre la pagaille. Ces dernières années, le Salon a parfois tourné à la foire d’empoigne lorsque plusieurs personnalités politiques déambulaient en même temps dans les allées. Parmi les « pires souvenirs » d’un agriculteur qui « monte tous les ans à Paris » pour l’occasion, on trouve l’édition 2017 quand François Fillon avait failli annuler sa venue, empêtré dans ses dénégations de l’affaire Penelope.
Quand le candidat LR était finalement arrivé, des dizaines de journalistes l’avaient suivi pendant des heures dans les travées. Ce même jour, plusieurs autres candidats jouaient des coudes dans les allées. Bref, l’expérience avait été très compliquée à gérer pour la sécurité du Salon et les visiteurs n’avaient guère pu profiter de leur journée.
Résultat: depuis plusieurs années, les organisateurs ont mis en place une charte des bonnes pratiques. Interdiction pour une personnalité politique de venir avec plus de 25 collaborateurs, impossibilité de distribuer des tracts et prière de respecter un parcours balisé en amont…
« Tout le monde est le bienvenu et le président peut venir tout comme les autres politiques, mais il faut que ce soit dans de bonnes conditions aussi pour les visiteurs. Il ne faut pas que cela devienne une mêlée », insiste Arnaud Lemoine, président du Centre national des expositions et organisateur du Salon.
Entre visite de star et indifférence polie
Ces règles seront-elles suffisantes pour éviter les bousculades? Réponse probablement jeudi avec la visite de Jordan Bardella. Le président du Rassemblement national sera certes accompagné de Marine Le Pen, en attente de son jugement en seconde instance qui devrait décider de sa capacité ou non à pouvoir se présenter à la présidentielle. Mais c’est bien lui qui sera le plus scruté.
« L’an dernier, il avait eu beaucoup de succès. Là, il revient avec un statut de présidentiable potentiel. Est-ce que les gens ont encore plus envie de le voir, est-ce que ce sera la cohue autour de lui? Je ne sais pas mais en tout, ça donnera un baromètre de sa popularité », observe un représentant des Jeunes agriculteurs des Hauts-de-France.
À l’inverse, les déambulations permettent aussi de voir qui suscite une relative indifférence. L’applaudimètre pour les candidats de droite sera cette année particulièrement suivi. Si le président des LR Bruno Retailleau est officiellement rentré dans la course mi-février, ses concurrents comme Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand n’ont pas dit leur dernier mot et devraient profiter du Salon pour se mettre en évidence.
Contrairement au sénateur de Vendée, Bruno Retailleau, qui a dirigé la région des Pays de la Loire seulement pendant un an entre 2016 et 2017, Laurent Wauquiez reste très identifié dans sa région Auvergne-Rhône-Alpes, dont il a été le numéro 1 pendant presque une décennie. Même topo pour Xavier Bertrand, patron des Hauts-de-France depuis 2016.
« C’est très pratique, vous pouvez passer un long moment dans les stands de votre région et tout le monde veut vous parler de ses problèmes. Quand vous êtes un peu plus lointain de la vie quotidienne des gens, l’échange peut être un peu moins évident », observe un ancien conseiller d’un ministre de l’agriculture.
Jean-Luc Mélenchon, peu fan de l’exercice
Parmi la venue des présidentiables, il y a une inconnue: Jean-Luc Mélenchon. Le fondateur des insoumis, qui traverse une période politique compliquée en raison du lien fait par différentes familles politiques entre LFI et la mort de Quentin Deranque, n’y a pas mis les pieds depuis plus de dix ans. Une rareté donc dans le monde politique.
« Certains politiques savent qu’ils ne vont pas être très bien accueillis et préfèrent ne pas y aller. Les agriculteurs n’aiment que rarement les outrances écologistes », tance l’ancien député Renaissance, Jean-Baptiste Moreau, longtemps exploitant agricole.
Ces dernières années, Jean-Luc Mélenchon a préféré, à la place, jouer le choix de la contre-programmation. En 2022, en pleine campagne présidentielle, le candidat LFI avait ainsi pris la direction d’un éleveur bio dans l’Oise pour faire la promotion des circuits court, loin du « modèle productiviste qu’on voit partout au salon de l’agriculture ».
Et cette semaine? Contacté, l’entourage du fondateur de LFI n’a pas répondu à nos sollicitations.
Article original publié sur BFMTV.com











