Au lendemain de la grève de salariés « choqués » par la mise à l’écart de femmes employées lors de la venue d’une délégation d’un groupe religieux hindou, la tour Eiffel a rouvert ses portes ce mardi 8 septembre, comme l’a constaté l’AFP. Mais la responsabilité de cette discrimination sexiste reste à élucider.
La société d’exploitation de la tour Eiffel assure n’avoir pas été mise au courant de l’exigence du groupe hindou quand la CGT estime que le management de terrain « n’a fait qu’appliquer les ordres ». Le HuffPost fait le point sur ce que l’on sait des circonstances de cette discrimination.
• Une vingtaine de salariées « rendues invisibles » samedi
Le personnel de la tour Eiffel s’est mis en grève lundi, pour dénoncer les « consignes » reçues lors de la visite, samedi, d’une délégation importante du Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), un groupe religieux hindou réputé particulièrement conservateur aux yeux d’une partie de la diaspora indienne.
Dans un communiqué diffusé à l’AFP, le syndicat CGT a dénoncé des « consignes professionnelles qui ont conduit les femmes salariées à être écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe ».
« Certaines (femmes) ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation », a détaillé le syndicat.
Selon Diane Davoine, secrétaire CGT et référente contre les violences sexuelles et sexistes pour les salariés du monument, « une vingtaine de femmes » ont été concernées. « On a des salles annexes en sous-sol et il a fallu que certaines femmes se confinent dans ces espaces », a-t-elle expliqué, ce mardi, au micro de RTL.
• La direction pointe un « zèle » de certains agents
La société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) a d’abord répondu à la polémique par un communiqué transmis à plusieurs médias, dont Le Parisien, lundi soir. « En amont de cette visite, les représentants de la délégation avaient demandé (…) que la visite de leur représentant spirituel soit organisée en limitant ses interactions avec les femmes. Ces conditions n’auraient pas dû être acceptées », a-t-elle reconnu.
Invité des matinales de franceinfo et de BFMTV ce mardi, le président du SETE a assuré n’avoir pas été mis « au courant » de l’exigence du BAPS. « Tout indique que le directeur général ne l’était pas non plus pour ce qui est de la visite même », a ajouté Ariel Weil, également maire (PS) de Paris Centre.
Le président a davantage pointé un « zèle » de certains agents. « Il y a des instructions qui ont été envoyées par la délégation, et la question est celle de la répercussion (…). C’est le management terrain qui a interprété sans doute avec zèle et un peu d’excès », a-t-il esquissé sur BFMTV.
• La CGT estime que le « management de terrain » est « victime »
Pour la CGT, cette discrimination est venue, elle, « d’en haut ». « Pour une délégation d’une telle ampleur, il y a forcément un lien avec l’État d’une façon ou d’une autre et la demande de visite redescend au niveau de la direction de l’entreprise qui, elle, donne ses instructions et ça retombe sur le management de terrain », a estimé la secrétaire CGT Diane Davoine.
« Le management au plus près du terrain n’a fait qu’appliquer les ordres et est aussi victime de la situation », a-t-elle mis en avant sur RTL. Selon les informations du Figaro, la visite aurait bien été organisée par le directeur général de la SETE samedi.
• Le BAPS ne reconnaît pas les faits
En dépit de la communication de la SETE, la délégation parisienne du BAPS n’a pas reconnu les faits. « Compte tenu de la taille de notre délégation, la visite a été organisée en coordination avec les équipes de la tour Eiffel, au début des horaires habituels d’ouverture (…). À notre connaissance, à aucun moment l’accès à la tour Eiffel n’a été refusé à qui que ce soit », a-t-elle écrit sur la plateforme X lundi soir.
« Nous tenons néanmoins à présenter nos sincères excuses à toute personne qui aurait pu être blessée ou gênée par cette situation », a-t-elle ensuite ajouté.
• Une enquête lancée
Le président de la SETE a promis, ce mardi, une « enquête » pour « établir toutes les responsabilités ». Celle-ci doit être interne et ses résultats doivent être connus dans les prochains jours.
« On va déterminer qui a donné des consignes qui consistaient à modifier le protocole d’accueil de la tour Eiffel » et s’assurer « que ça ne se reproduise plus jamais », a développé Ariel Weil auprès de franceinfo. « Je réaffirme l’attachement de la tour Eiffel aux valeurs républicaines, à l’égalité femmes hommes », a-t-il complété.
« Une enquête sera diligentée dans les plus brefs délais », avait annoncé, dès lundi, le maire de Paris (PS) Emmanuel Grégoire sur le réseau social X.
• Une discrimination « inédite » à la tour Eiffel
Cette discrimination sexuelle est une première, soulignent les agents, comme la direction de la société. « Cette délégation est venue à plusieurs reprises sur le monument et je n’ai jamais reçu de telles instructions. C’est inédit, incompréhensible », a appuyé Diane Davoine.
« Les agents sont très habitués à ces visites qui posent d’habitude plutôt des sujets de sécurité. Ils sont très professionnels », a également affirmé Ariel Weil. « Jamais le protocole ne prévoit qu’il y ait une distinction et une modification de la manière dont on reçoit les visiteurs, et en particulier une distinction entre les agents », a assuré le président.
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