- La mission Artemis II va décoller ce mercredi 1ᵉʳ avril de Floride.
- Des contenus complotistes anciens comme nouveaux émergent autour de cet événement.
- Des spécialistes de l’espace décryptent pourquoi ces théories sont toujours présentes en 2026.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Alors que quatre astronautes vont s’envoler pour la Lune pour la première fois depuis plus de cinquante ans dans le cadre de la mission américaine Artemis II, c’est également les théories du complot qui redécollent. Argument principal des partisans d’un faux alunissage : les multiples reports de la mission, initialement prévue en février 2024, et jugés suspects. Selon ces arguments, la Nasa chercherait à gagner du temps pour fabriquer de fausses preuves, ce qui prouverait que la mission est en réalité impossible.
Depuis début 2026, le sujet a généré un peu plus de 40.000 messages sur le réseau social X, selon les données de Visibrain (nouvelle fenêtre), plateforme de veille des réseaux sociaux. Et majoritairement, ce sont de vieux arguments complotistes, déjà bien connus, qui sont réapparus.
Vieilles intox et intelligence artificielle
Les accessoires des astronautes concentrent notamment l’attention. L’image de la combinaison spatiale de Neil Armstrong a ainsi refait surface, certains affirmant (nouvelle fenêtre)que la semelle de ce dernier ne correspondait pas aux images des traces de pas laissées sur la Lune. Un détail est cependant omis : les astronautes de la mission Apollo 11 étaient équipés de surchaussures, dont il existe des photos (nouvelle fenêtre). C’est bien l’empreinte de ces surchaussures qui est visible sur les photos du premier pas sur la Lune.
Autre fausse information de retour : celle du drapeau américain (nouvelle fenêtre), semblant flotter au vent lorsque celui-ci est planté par Buzz Aldrin. Or, sur la Lune, il n’y a aucune atmosphère, et donc aucun vent permettant d’agiter le drapeau. Pourtant, l’explication est technique : les Américains avaient prévu d’insérer une barre horizontale (nouvelle fenêtre)pour maintenir en permanence le drapeau. Celui-ci ne bouge donc que lorsqu’il est manipulé par les astronautes, en particulier quand celui-ci est planté sur la Lune.

En 2026, on observe cependant des nouveautés : une vidéo (nouvelle fenêtre)présentée comme un document inédit montre Stanley Kubrick, réalisateur de 2001 : l’Odyssée de l’espace
, décédé en 1999, qui révèlerait avoir mis en scène un faux tournage sur la Lune. Dans la séquence, vue plus de 300.000 fois sur Facebook, des astronautes sautent dans les airs au moyen de fils.
Mais une recherche de l’origine de la vidéo nous a menés vers un créateur de contenus indien (nouvelle fenêtre) réalisant toutes ses vidéos par intelligence artificielle. Un exemple illustrant les craintes des spécialistes des théories du complot qui craignent que l’IA alimente une nouvelle vague de négationnisme concernant l’alunissage. (nouvelle fenêtre)
De nombreuses preuves scientifiques
Les arguments complotistes sont nombreux, et persistants. Mais ils sont battus en brèche par les nombreuses preuves scientifiques, comme le rappelle Christine Chapel, spécialiste espace à TF1 : « Les Américains ont ramené plus de 300 kilos de roches lunaires qui ont été examinées non seulement par des laboratoires américains, mais aussi par des laboratoires du monde entier. Ils sont formels : ce ne sont pas des roches terrestres ».
Autre argument déterminant : de nombreuses missions, plus d’une centaine, ont eu lieu autour de la Lune depuis 1969. Certaines ont notamment pris des photos des sites des précédentes missions Apollo américaines. Sur des clichés, comme sur ceux du vaisseau spatial indien Chandrayaan 2 (nouvelle fenêtre), on distingue notamment le site d’atterrissage.
Enfin dernier argument massue, selon Christine Chapel : « À l’époque, on était en pleine guerre froide, et tout le monde espionnait tout le monde. Les Soviétiques avaient les moyens de savoir si les Américains leur avaient menti. S’ils avaient eu le moindre doute quant à la véracité de l’alunissage, ils se seraient empressés d’envoyer un robot prendre des photos. Ils ne l’ont pas fait, ils ont même félicité les Américains ».
En 2023, un ancien directeur de la Roscosmos, Dmitri Rogozine, avait émis des doutes sur sa chaîne Telegram estimant qu’il était possible que les Américains ne se soient pas posés sur la Lune. Mais dès l’année suivante, le directeur de l’agence spatiale Iouri Borissov avait expliqué avoir analysé un échantillon de sol lunaire (nouvelle fenêtre) récupéré par les Américains et avoir pu confirmer de façon indépendante que le morceau de roche venait bien de notre satellite.

Pourquoi la théorie complotiste perdure ?
Malgré toutes ces preuves scientifiques, les sondages continuent de montrer que près d’un Français sur dix pense que les Américains n’ont jamais mis les pieds sur la Lune en 1969 (nouvelle fenêtre). Le chiffre passe même à 20% chez les 18-24 ans selon un sondage de 2023 (nouvelle fenêtre).
Pour Patrick Michel, (nouvelle fenêtre) astrophysicien et directeur de recherche au CNRS, si ces théories perdurent, c’est principalement car la compréhension de ces sujets « nécessite un peu de bon sens scientifique de base, et de connaissance en physique »
. Il explique être régulièrement interpellé à ce sujet lors de conférences avec des questions parfois légitimes. « On me demande souvent pourquoi on n’y est pas allé depuis les années 1970. Je réponds qu’il faut se rendre compte du niveau de risque que la Nasa a pris dans les années 1960. Dans la culture actuelle, on est plutôt dans le risque zéro »,
explique l’astrophysicien. Il ajoute également que les budgets actuels de la Nasa restent limités en comparaison à l’époque de la guerre froide, où la course à l’espace était un véritable enjeu politique.
De son côté, Ed Kellond-Turner, (nouvelle fenêtre) responsable pédagogique au National Space Centre britannique (nouvelle fenêtre), animant des vidéos éducatives sur l’espace, donne une autre explication. « Encore aujourd’hui, le fait de lancer trois astronautes à 385.000 kilomètres de la Terre peut paraître absurde, une idée tout droit sortie d’un roman de science-fiction »,
résume-t-il. L’ampleur de l’exploit pousse ainsi de nombreux internautes à trouver la preuve d’une scène manipulée faisant écho au « besoin de rejeter ce qu’on leur dit pour privilégier leurs propres convictions ».
Patrick Michel, lui, explique avoir constaté que cette théorie du complot est « un aspect existentiel »
de la vie de certaines personnes ayant « besoin de cela pour donner un sens à leur vie »
. Mais il ajoute : « Quand je fais des vidéos pour donner des explications sur des sujets spatiaux, comme je l’ai fait sur la comète
3I/Atlas
, je reçois majoritairement des messages de remerciements. Les gens ont envie qu’on leur explique, et de comprendre »
. Preuve qu’il existe malgré tout encore de l’espoir.
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