- Donald Trump minimise le rôle de l’Otan dans la guerre en Afghanistan, qui a duré 20 ans, mettant en cause la contribution des pays européens.
- Pourtant, les alliés des Etats-Unis ont essuyé de lourdes pertes en y assurant une mission de sécurité.
Suivez la couverture complète
L’info passée au crible des Vérificateurs
Dans une énième invective lancée aux Européens, Donald Trump a affirmé, en marge du Forum économique de Davos, que l’Otan n’avait jamais fourni d’aide à son pays. Dans un entretien accordé le 22 janvier à la chaîne conservatrice américaine Fox News, dont un extrait circule en ligne (nouvelle fenêtre), le dirigeant s’est alors interrogé sur le rôle de l’Alliance nord-atlantique : « Seront-ils là si jamais nous avons besoin d’eux ? C’est vraiment le test ultime et je n’en suis pas sûr […] Nous n’avons jamais eu besoin d’eux. Nous ne leur avons jamais vraiment demandé. Ils diront qu’ils ont envoyé des troupes en Afghanistan. Et ils l’ont fait. Ils sont restés un peu en retrait, un peu à l’écart des lignes de front. »
Le président américain semble répondre directement à Mark Rutte, secrétaire général de l’Otan qui, la veille (nouvelle fenêtre), avait assuré au contraire du soutien de l’Alliance en cas de besoin en prenant exemple sur l’Afghanistan : « Comme vous le savez, pour chaque Américain qui a payé le prix ultime, il y avait un soldat d’un autre pays de l’Otan qui n’est pas revenu auprès de sa famille. Des Pays-Bas, du Danemark, et d’autres pays encore ».
L’article 5 du traité déclenché
Le tollé suscité par les propos de Donald Trump a été immédiat à Londres. Dans un message sur X, (nouvelle fenêtre) le secrétaire à la Défense britannique John Healey a tenu à clarifier les choses : « L’article 5 de l’OTAN n’a été déclenché qu’une seule fois. Le Royaume-Uni et ses alliés ont répondu à l’appel des États-Unis. Plus de 450 soldats britanniques ont perdu la vie en Afghanistan. Ces soldats britanniques doivent être commémorés pour ce qu’ils étaient : des héros qui ont donné leur vie au service de notre nation. »
C’est en réaction immédiate aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, perpétrés sur leur sol par Al-Qaïda, que les États-Unis ont activé l’article 5 du traité de Washington pour solliciter l’aide de leurs alliés. Le texte dispose (nouvelle fenêtre) qu’« une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties »
et que chacune d’entre elles « assistera la partie attaquée ».
L’aide apportée par l’Alliance durera 20 ans, de 2001 à 2021, et sera divisée en deux temps.
Une mission de 20 ans
Comme le souligne l’Otan sur son site (nouvelle fenêtre), les alliés européens (et canadiens) sont intervenus dès 2001 en Afghanistan mais n’ont réellement dirigé la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) qu’en 2003. Une mission qui consistera à assurer la sécurité du pays et qui sera effective jusqu’en 2014, sur « l’ensemble du territoire afghan »
, précise Jean-François Bureau, ancien secrétaire général adjoint de l’Alliance, dans un article (nouvelle fenêtre)sur le sujet. Une fois la FIAS démantelée, les pays de l’Otan sur place ont entrepris en 2015 de former et de conseiller les dirigeants afghans, dans le cadre d’une autre mission intitulée Resolute Support (RSM). De manière générale, la mission de l’Otan « s’est appuyée d’abord sur les ressources américaines mais a aussi mobilisé les ressources des États membres européens et bien au-delà, par exemple australiennes ou émiraties, ces dernières devant atténuer l’empreinte américaine »
, toujours selon Jean-François Bureau.
Au plus fort de son action en Afghanistan, l’Otan comptait plus de 40.000 hommes (40.500 en 2010 et 41.300 en 2011), d’après des données de l’Alliance et de l’Afghanistan Index citées par Politico (nouvelle fenêtre). En comptant les 50 pays membres de l’Otan et ses pays partenaires, cet engagement a mobilisé « plus de 130.000 hommes »,
selon l’Alliance. En 2021, lors du désengagement américain de Kaboul, l’Otan ne comptait plus que 7.092 hommes sur place.
La première décennie de présence internationale en Afghanistan, et en particulier celle de 2007 à 2012, a été marquée par « le plus grand nombre de victimes du côté de l’Alliance et un durcissement des opérations »,
d’après Jean-François Bureau. Ainsi, en 2012, le Royaume-Uni déplorait le plus grand nombre (nouvelle fenêtre) de pertes européennes, avec 356 soldats britanniques tués en Afghanistan, contre 53 soldats français, 46 soldats allemands ou 35 soldats italiens.
L’année précédente, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates s’en émouvait tout particulièrement, dans son dernier discours (nouvelle fenêtre) de politique générale : « Plus de 850 soldats de pays membres de l’OTAN autres que les États-Unis ont fait le sacrifice ultime en Afghanistan. Pour de nombreuses nations alliées, il s’agissait de leurs premières pertes militaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».
C’est pourquoi les troupes américaines se sont davantage substituées à leurs alliés dans un deuxième temps, avec « plus des deux tiers des effectifs engagés »
entre 2010 et 2014. À titre de comparaison, le Royaume-Uni a représenté « 7 à 10% »
des effectifs sur cette période, et l’Allemagne, moins de 5%, d’après la documentation de Jean-François Bureau.
Au total, en 20 ans de mission en Afghanistan, les pays alliés de l’Otan ont perdu 455 soldats britanniques, 158 canadiens, 86 français, 54 allemands, 48 italiens, 43 danois, 40 polonais, 34 espagnols, 25 néerlandais, 25 roumains, 14 tchèques, 9 estoniens, selon les données (nouvelle fenêtre) de iCasualties, un site indépendant recoupant les pertes militaires de la coalition en Irak et en Afghanistan. D’autres sources, telles que l’Unama (mission d’assistance de l’ONU en Afghanistan) citée par Politico, enregistrent plus de décès parmi les Européens et comptent par exemple 457 soldats britanniques tués.
Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse [email protected]. Retrouvez-nous également sur X : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.













