- Une rumeur relayée en ligne assure que les cas déclarés d’Ebola sont en réalité des intoxications à l’arsenic, causées par l’extraction minière en RDC.
- La propagation de la maladie prouve qu’il s’agit bien du virus Ebola.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
En déclarant l’état d’épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola, le 15 mai en République démocratique du Congo (RDC), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) aurait cherché à dissimuler des cas d’empoisonnement à l’arsenic, d’après une rumeur partagée en ligne. Celle-ci est relayée par des comptes X (nouvelle fenêtre), qui assurent que non seulement « la carte des cas d’Ebola correspond exactement à celle de haute exposition à l’arsenic »,
mais que (nouvelle fenêtre) « les symptômes d’Ebola sont les mêmes que ceux d’un empoisonnement à l’arsenic ».
Dans une vidéo publiée (nouvelle fenêtre) sur Instagram, un homme partage ses doutes en anglais, face caméra : « Le Congo n’est pas juste un pays. Les entreprises occidentales ont mis en place des mines illégales là-bas. Un poison à l’arsenic de ces mines cause des vomissements, des diarrhées et plus. Les mêmes symptômes exacts associés à Ebola. Les docteurs se demandent maintenant : est-ce Ebola ou est-ce le poison de l’arsenic ? Les gens meurent-ils d’un virus ou d’un métal ? »
. Nous nous sommes penchés sur ces allégations.
Responsable de plus de 200 morts en RDC sur plus de 1.000 cas suspects, la souche Bundibugyo du virus Ebola « constitue une urgence de santé publique de portée internationale »,
selon une alerte (nouvelle fenêtre) de l’OMS. Il n’existe, à ce jour, aucun vaccin ni traitement adapté contre ce virus. Selon Médecins sans frontières (MSF), il s’agit de (nouvelle fenêtre) « la 17ᵉ épidémie d’Ebola que connaît la RDC depuis la découverte du premier cas en 1976, et de la troisième impliquant spécifiquement le virus Bundibugyo ».
La RDC est donc l’épicentre de la flambée actuelle de l’épidémie d’Ebola, mais l’Ouganda voisin est aussi touché. Le virus est parti d’Ituri, région du nord-est du pays où se trouve la majorité des cas confirmés, comme le montre cette carte interactive (nouvelle fenêtre). Il s’est ensuite propagé au sud d’Ituri, dans les régions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Des cas ont également été recensés en Ouganda, dans sa capitale Kampala (nouvelle fenêtre). La situation sanitaire est telle que le pays d’Afrique de l’Est a fermé temporairement, ce 27 mai, ses frontières avec la RDC.
Une exposition à l’arsenic liée à l’activité minière
Le fait est que la RDC a un sol riche en minerais rares, qui font l’objet d’une exploitation humaine. Quelque 2.913 mines, dont 98,8% sont des mines d’or, sont comptabilisées dans l’est du pays (nouvelle fenêtre) par l’International Peace Information Service (IPIS), un institut de recherche indépendant. La majorité de ces mines sont dans le Sud-Kivu (814 mines), le Nord-Kivu (714 mines) et l’Ituri (487 mines), selon cet institut.
Or, on sait que l’exploitation des mines peut causer des intoxications à l’arsenic, un composant présent dans l’air, l’eau ou la terre et pouvant être un poison en cas de forte exposition. Dans l’est de la RDC, une étude rapporte que (nouvelle fenêtre) « la contamination par les métaux lourds (MTE) provient de multiples sources, notamment l’exploitation minière »
et que « l’exploitation artisanale de l’or au Kivu introduit du mercure (Hg) et de l’arsenic (As) ».

La localisation des cas recensés d’Ebola et celle de l’exposition à l’arsenic liée aux activités minières semblent donc correspondre. Ce qui a déjà donné lieu à cette même hypothèse en 1994, cette fois au Gabon lors d’une autre vague épidémique d’Ebola. Le Dr Sylvain Baize était sur place et raconte qu’au moment des premiers cas diagnostiqués, une intoxication à l’arsenic ou au mercure avait alors été suspectée en raison de la présence des mines et des camps sauvages d’orpailleurs sur le territoire. « À l’époque, Ebola n’avait pas réémergé depuis 1976, donc nous n’avons pas du tout pensé à ça en premier »
, se souvient celui qui gère aujourd’hui le Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur.
Si des doutes ont été émis au Gabon en 1994, c’est que des symptômes de cette fièvre hémorragique présentaient des similitudes avec un empoisonnement à un métal lourd. Pour rappel, une infection à Ebola se caractérise par des symptômes proches de la grippe, selon l’Institut Pasteur (nouvelle fenêtre), avec une « apparition brutale d’une fièvre supérieure à 38°C, une faiblesse intense, des douleurs musculaires, des maux de tête et une irritation de la gorge »
suivis de « vomissements, de diarrhées, d’éruptions cutanées, d’une atteinte des reins et du foie et, dans certains cas, d’hémorragies internes et externes ».
Une intoxication à l’arsenic se manifeste quant à elle par « des vomissements, des douleurs abdominales et une diarrhée »,
suivis par « des engourdissements et des picotements dans les extrémités, des crampes musculaires »
, d’après l’OMS (nouvelle fenêtre). « Les troubles digestifs sont le seul chevauchement clinique entre les deux maladies »,
résume le Pr Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat, à Paris.
Dans le cas d’une intoxication à l’arsenic, les soignants ne sont pas exposés
Dans le cas d’une intoxication à l’arsenic, les soignants ne sont pas exposés
Pr Xavier Lescure
La confusion entre des cas d’Ebola et d’empoisonnement à l’arsenic n’est donc « pas farfelue »
, de l’avis des deux spécialistes que nous avons interrogés. Mais dans le cas présent, nier la réalité de l’épidémie d’Ebola, en la faisant passer pour de simples cas d’intoxication, ne tient pas debout. « L’épidémie est confirmée, c’est clair et net »,
affirme le Pr Xavier Lescure, sortant justement d’un webinaire animé par des médecins congolais, travaillant au plus près du virus Ebola. La manière dont se propage la maladie prouve à elle seule que la RDC subit aujourd’hui le retour de l’épidémie. « Ce n’est pas crédible »
, tranche le Dr Sylvain Baize. « Une intoxication à l’arsenic n’est pas transmissible, c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de transmission interhumaine s’il s’agissait de cela. Des soignants ne seraient pas contaminés, mais plutôt des orpailleurs. »
Ce dernier élément est également évoqué par le Pr Xavier Lescure : « Dans le cas d’une intoxication à l’arsenic, et c’est un argument lourd, les soignants ne sont pas exposés. Or, on sait de sources absolument certaines que, parmi les cas confirmés qui sont morts d’Ebola, il y a des soignants. »
Ainsi, des professionnels de santé au contact de patients ont été infectés par le virus à Ituri et à Kampala, suggérant une transmission survenue à l’hôpital. Par ailleurs, un chauffeur ayant transporté le patient pris en charge à Kampala, et le premier cas confirmé dans le pays, a également été contaminé (nouvelle fenêtre), selon les autorités sanitaires. « Une intoxication à l’arsenic survient chez quelques personnes, dans un foyer très localisé. Ce n’est pas disséminé comme c’est le cas aujourd’hui »,
ajoute le Dr Sylvain Baize. « La chaîne de transmission qu’on observe, le nombre de cas énormes qu’on a déjà, ça n’est pas une intoxication à l’arsenic. »
En réalité, de nombreuses fausses rumeurs entourent chaque nouvelle épidémie d’Ebola. Pour le Dr Sylvain Baize, « la pire rumeur, c’est que les populations touchées pensent que ce n’est pas une maladie infectieuse mais une malédiction. C’est vraiment ancré et ça pose le plus grand tort aux populations sur place. »
Une étude parue en 2022 (nouvelle fenêtre) a justement cherché à synthétiser ces idées fausses et croyances relatives au virus Ebola. Elle revient sur le fait que « certaines communautés croyaient que le virus se transmettait par la malveillance de médecins étrangers, par la sorcellerie »
et que « convaincus que la maladie était d’origine magique, certains patients consultaient des guérisseurs traditionnels »
au lieu de s’en remettre à des professionnels de santé. Contactée à propos des accusations à son encontre, l’OMS n’était pas revenue vers nous au moment de la mise en ligne de cet article.
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