- Sur X, plusieurs publications affirment que la France se situe sur le « mauvais créneau horaire », décalant l’horloge interne de sa population et la rendant plus fatiguée.
- On vit bien en avance sur l’heure du soleil, mais d’autres facteurs expliquent mieux cette dette de sommeil accumulée.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Sommes-nous souvent fatigués simplement pour des questions de fuseau horaire ? Autrement dit, la France vit-elle en décalage avec son temps, ce qui contribuerait au sentiment de fatigue généralisée ? Selon une publication sur X, la France se trouverait « sur le mauvais créneau horaire »,
ce qui contribuerait à décaler « toute notre horloge interne depuis des décennies ».
Un message vu deux millions de fois (nouvelle fenêtre), répondant à l’un de nos articles (nouvelle fenêtre) reprenant les constats d’une médecin américaine sur une « épidémie de fatigue »
qui toucherait la population mondiale. Nous avons cherché à en savoir plus sur le sommeil des Français.
Le soleil tard, une exception française
Notre enquête nous a rapidement ramenés 80 ans en arrière, à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Comme le relate Radio France (nouvelle fenêtre), le régime collaborationniste du maréchal Pétain en place en 1940 a décalé l’heure française pour calquer le rythme de la France occupée à celui en place en Allemagne. Résultat, Paris s’est trouvé en avance de deux heures par rapport à l’heure solaire, calculée sur celle de Londres (GMT). Puis en 1941, la France entière a été ramenée à GMT+1 pour faciliter la vie de la SNCF et des horaires de trains. Enfin, le rétablissement de l’heure d’été en 1976 a conduit à revenir à la situation vécue sous l’Occupation.
Aujourd’hui, nous vivons donc avec une heure d’avance sur le soleil pendant l’hiver, et avec deux heures pendant l’été. « Nous sommes très décalés, nous sommes l’un des seuls pays où il fait jour l’été jusqu’à 10h le soir. C’est assez rare et exceptionnel. Mais c’est une particularité française à laquelle nous sommes tous très attachés »
, souligne la Dr Armelle Rancillac, chercheuse de l’Inserm en neurosciences, au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB) du Collège de France.
Une « alternance jour-nuit » nécessaire
Voilà pour le constat. Maintenant, il apparait que ce léger décalage n’a pas de conséquences majeures sur notre fameuse horloge interne, de son vrai nom l’« horloge circadienne humaine ».
Certes, l’idéal serait de s’adapter le plus possible à la lumière du jour et de se réveiller avec le soleil. La Dr Armelle Rancillac résume la chose ainsi : « Pour bien dormir, il faut être bien éveillé. C’est vraiment une notion de vase communicant. »
Une exposition matinale à la lumière naturelle permettrait de mieux se réveiller… et donc de mieux s’endormir à la fin de la journée. « Il y a des rythmes dans l’organisme qui fonctionnent notamment sur l’alternance jour-nuit. Et c’est important de dire le matin à notre corps : c’est le jour, il faut que tu enclenches le cortisol, il faut que tu arrêtes de synthétiser la mélatonine qui est plutôt pour dormir. »
Interrogée, Joy Perrier, chercheuse dans l’unité neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine de l’université de Caen, renvoie aussi à « ces phases de veille où vous êtes efficace, et ces phases de sommeil où vous vous reposez ».
De fait, cette alternance veille-sommeil se décale « en étant moins exposé à la lumière naturelle et plus à la lumière artificielle ».
Dette de sommeil et dépendance aux ecrans
Les deux chercheuses que nous avons sollicitées n’adhèrent pas à cette théorie du mauvais fuseau horaire. En réalité, « les facteurs externes sont beaucoup plus importants que le soleil »
, constate la Dr Armelle Rancillac. Et de citer la sédentarité caractérisée par un manque d’activité physique, la dette de sommeil, la hausse des troubles anxieux, ou encore l’ensemble des troubles altérant la qualité du sommeil, comme le « bruit ambiant »
ou les « stimuli lumineux ».
Joy Perrier évoque par ailleurs la dépendance aux écrans, phénomène propre à notre siècle et qui ne permet jamais à notre cerveau de se mettre en pause… et de mieux se mettre en veille la nuit : « Ne rien faire, ce n’est pas vraiment rien faire, c’est reposer votre cerveau, c’est lui donner du temps pour rêver et pour évacuer ce qu’il a vécu, trier des informations. C’est un moment où votre cerveau n’est pas stimulé. Mais si vous le stimulez sans cesse, il n’arrive plus à déconnecter ».
Pour rappel, les Français ont déclaré en 2024 (nouvelle fenêtre) dormir en moyenne sept heures 32 minutes par nuit, tandis qu’une « durée comprise entre sept et neuf heures pour les adultes est recommandée »
par Santé publique France (SPF). Mais un Français sur trois déclare dormir moins de six heures par nuit et un Français sur cinq déclare souffrir d’insomnie, selon SPF (nouvelle fenêtre).
Mais dort-on vraiment moins qu’avant, et moins bien ? Une réalité difficile à évaluer, selon la Dr Armelle Rancillac qui pointe un « ressenti français »
qui a peut-être évolué avec le temps et avec une part plus importante accordée au bien-être. En revanche, « la France est l’un des pays qui consomme le plus d’hypnotiques, de molécules pour dormir »
, d
‘après Joy Perrier, ce qui en dit long sur notre rapport au sommeil.
Si le sujet de l’heure solaire parait accessoire quant à notre niveau de fatigue, un débat existe sur les bénéfices du changement d’heure (nouvelle fenêtre) et du passage à l’heure d’été. Dans une tribune parue en 2019 dans
Le Monde
(nouvelle fenêtre), des chronobiologistes considéraient que l’horloge interne s’adaptait « moins bien à l’heure d’été qu’à l’heure d’hiver où les horaires de sommeil sont plus en phase avec la luminosité solaire ».
Réunis en collectif, ils recommandaient de mettre fin à l’heure d’été et de conserver celle d’hiver comme heure standard, puisque c’est « avec elle que nos horloges biologiques sont le plus en phase avec la journée solaire, le méridien officiel n’étant décalé que d’une heure, contre deux avec l’heure d’été ».
Le changement d’heure devait disparaitre en 2021, mais reste d’actualité en 2026.
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