- Les images d’un projet de paquebot XXL, capable d’accueillir 80.000 personnes, sont partagées en ligne.
- Le navire est présenté comme une véritable ville flottante, qui passerait toute sa vie en mer avec tous les services imaginables à bord.
- Nous sommes toutefois encore loin de le voir naviguer, malgré l’enthousiasme de ses promoteurs, encore à la recherche de financements.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Partagées ces derniers jours dans la presse et sur les réseaux sociaux, des images du « Freedom Ship » donnent le tournis. Ce « navire de la liberté », tel qu’on pourrait le traduire, affole les compteurs : une fois achevé, il devrait mesurer un mile, soit un peu plus d’1,6 kilomètre de long. Ses promoteurs annoncent que ce bateau serait en réalité une véritable ville flottante, accueillant 50.000 résidents permanents, 10.000 croisiéristes et visiteurs à la journée, ainsi que 20.000 membres d’équipage.
Des musées, un stade de 15.000 places ou encore des hôpitaux à bord sont annoncés, tout comme des établissements scolaires, allant des plus petites sections jusqu’à l’université. Pour rallier les différents « quartiers » du paquebot, un tramway interne est même envisagé, tandis qu’une propulsion nucléaire est censée permettre de déplacer les 2,3 millions de tonnes de ce géant des mers. En découvrant ces caractéristiques hors du commun, une question simple se pose néanmoins : ce bateau hors normes peut-il (et va-t-il) vraiment voir le jour ?
Une idée vieille de trente ans
Si les plans du Freedom Ship ont été largement relayés en cette fin de printemps, nous ne sommes pas en présence d’une initiative nouvelle, qui viendrait d’être dévoilée. La genèse de cette ville flottante remonte en effet aux années 1990 : à l’époque, c’est l’ingénieur américain Norman Nixon qui en faisait la promotion, sans qu’il ne se concrétise. Cet homme est décédé en 2012, mais des entrepreneurs ont ressorti du placard les plans du navire l’année suivante, avant que l’idée soit de nouveau mise en veilleuse.
Basée en Floride, une société nommée Freedom Cruise Line International porte aujourd’hui le projet. Dans les colonnes du Telegraph
, Roger Gooch affiche (nouvelle fenêtre) un optimisme à toute épreuve : le directeur général de l’entreprise confie que seule la levée des fonds pour lancer la construction reste à boucler. « Nous sommes très confiants quant à notre capacité à mener ce projet à bien, mais le financement est essentiel »
, glisse-t-il. Malgré cet optimisme de façade, cette question n’a rien d’un simple détail. Trouver les fonds suffisants pour mener à bien un tel chantier ne sera pas chose aisée, puisque les dernières estimations font état d’un coût total dépassant les 15 milliards de dollars, soit près de 13 milliards d’euros.
Par le passé, d’autres projets de villes flottantes se sont heurtés à des écueils économiques, le chiffrage de leur déploiement refroidissant les investisseurs potentiels et les institutions qui s’y intéressaient. Le magazine Newsweek
, qui a dressé une liste de ces initiatives, a aussi mis en avant (nouvelle fenêtre) les innombrables obstacles réglementaires et juridiques, ou bien encore la crainte des assureurs, prudents devant des constructions de cette ampleur.
Un défi logistique qui peut sembler insurmontable
Dans les rangs de Freedom Cruise Line International, on assure avoir déjà recruté des équipes techniques et planché sur la manière de conduire la construction du géant des mers. Contrairement à des maxi paquebots plus traditionnels, il serait impensable de recourir aux mêmes techniques que celles adoptées d’ordinaire par les chantiers navals. Pour donner vie au Freedom Ship, l’idée serait ainsi de réaliser une coque en plusieurs parties en Indonésie, des éléments qui seraient ensuite assemblés en mer.
Avant d’envisager de bâtir ce mastodonte – et sous réserve d’avoir rassemblé les fonds nécessaires – les ingénieurs devront parvenir à prouver que le navire sera sans risque pour ses passagers. Voyager en haute mer expose en effet à des intempéries, des vents violents et des vagues de grande ampleur. Des facteurs déjà délicats à gérer pour des paquebots de 200 ou 300 mètres de long, et qui seraient décuplés avec une coque dépassant les 1.600 mètres. Ajoutons à cela des enjeux de stabilité, ainsi qu’une problématique évidente de maniabilité. Sans oublier la nécessité de trouver une assurance qui accepterait de couvrir les risques encourus par le navire et les personnes à bord.
À l’heure qu’il est, imaginer un paquebot d’une taille aussi imposante voguer sur les flots demeure difficile. Une série de contraintes logistiques vient compromettre une exploitation commerciale et pose des défis techniques pour les opérateurs du bateau. Des procédures de sécurité très spécifiques nécessiteraient par exemple d’être instaurées, tandis que des dispositifs d’évacuation rapides devraient être adaptés à une population à bord de 80.000 individus. Des protocoles sanitaires très stricts devraient par ailleurs être suivis, afin d’éviter le chaos que pourrait provoquer une violente épidémie à bord.
Dans un autre registre, notons également que l’approvisionnement en eau potable et en vivres serait délicat, un tel engin ne pouvant pas accoster dans le moindre port à travers le monde. Sans même parler de l’acheminement des autres biens de consommation nécessaires pour alimenter un bâtiment flottant qui revendique un statut de ville à part entière. Évoquons enfin les contraintes liées à la propulsion nucléaire du navire, mise en avant par les promoteurs. Il s’agit d’une technologie qui n’a presque jamais été utilisée pour le transport de passagers ou de marchandises au cours de l’histoire, posant des défis techniques tant dans la conception que dans l’exploitation d’une telle motorisation.
En résumé, il semble aujourd’hui presque utopique d’imaginer voir naviguer dans un futur proche un navire aux dimensions si imposantes. TF1info a tenté de contacter la société Freedom Cruise Line International pour savoir comment elle comptait mener à bien son projet, mais elle n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous écrivons ces lignes.
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