- Une étude publiée ce jeudi conclut que les GLP-1, nouveaux traitements antidiabétiques, permettraient de lutter contre les conduites addictives.
- Ces médicaments ne sont toutefois pas un produit miracle et ne doivent pas se substituer au suivi addictologique.
Des soins peuvent-ils participer à la lutte contre certaines dépendances ? Les nouveaux traitements antidiabétiques, dits GLP-1, sont associés à un moindre risque d’addictions, allant de l’alcool au tabac en passant par plusieurs drogues, selon une étude publiée jeudi 5 mars, sans confirmer de mécanisme de causalité direct entre ces médicaments et ces substances, faute d’essais cliniques pour le moment.
La prise de GLP-1 « est associée à un moindre risque de développer une consommation problématique d’alcool, de cannabis, de cocaïne, de nicotine, d’opioïdes et d’autres substances »
, conclut cette étude, publiée dans la revue BMJ et réalisée en observant pendant trois ans auprès de 600.000 vétérans américains. Ces GLP-1, parmi lesquels les emblématiques Wegovy (sémaglutide) de Novo Nordisk et Zepbound (tirzépatide) d’Eli Lilly, font partie d’un développement pharmaceutique majeur ces dernières années.
Commercialisées dans un premier temps comme antidiabétiques, ces molécules font désormais leurs preuves comme traitements d’une efficacité sans précédent pour réduire l’obésité, même si les spécialistes préviennent qu’il ne faut pas y voir des médicaments miracles, car la perte de poids n’est pas durable en cas d’arrêt.
Plusieurs substances concernées
Et ce ne sont pas les seuls effets des GLP-1. Plusieurs études laissent penser que ces traitements pourraient lutter contre les conduites addictives. C’est dans ce contexte qu’a été réalisée cette étude, supervisée par l’épidémiologiste Ziyad Al-Aly. Afin d’arriver à cette conclusion, les chercheurs ont comparé les données de patients diabétiques recevant des GLP-1 à celles de personnes à qui un autre type d’antidiabétique a été prescrit. Dans le premier groupe, les problèmes d’addiction ont été moins nombreux à apparaître. « L’effet n’est pas limité à une seule substance, il est manifeste pour toutes les substances addictives »
, a commenté l’épidémiologiste Ziyad dans un mail à l’Agence France-Presse. « C’est vraiment une surprise »
, ajoute-t-il.
Malgré la stupeur devant ces résultats, cette étude reste à prendre avec des pincettes. Les résultats de cette dernière ont été obtenus à partir d’observations et non d’un essai clinique en bonne et due forme, qui ne permet ainsi pas de conclure à un mécanisme de cause à effet.
D’autres facteurs limitent également sa portée, comme l’étude des effets des GLP-1 sur des vétérans américains, majoritairement des hommes âgés peu représentatifs, même si les chercheurs ont utilisé des techniques statistiques pour redresser ces biais.
Le biostatisticien Fares Qaedan estime même que cette étude a des implications « pragmatiques et non révolutionnaires »
, dans un commentaire également publié par le BMJ. Les traitements actuellement en vigueur contre les addictions, par exemple les substituts de l’héroïne comme la méthadone, doivent en effet « rester la règle »
, insiste-t-il. Selon lui, les GLP-1 conservent toutefois un bénéfice sur le sujet : mieux vaut prescrire ce nouveau traitement à un patient avec un risque de conduite addictive plutôt qu’un autre antidiabétique.













