Elles ont vu les dinosaures apparaître puis s’éteindre, mais ce sont elles, aujourd’hui, qui sont menacées d’extinction. Les limules, ces créatures qui arpentent les eaux côtières peu profondes du monde depuis 450 millions d’années, ont vu leur population chuter de plus de 70 % depuis 2000 en raison de la surpêche et de la destruction de leur habitat.
Face à ce risque de disparition, l’ONG environnementale Center for Biological Diversity a attaqué l’administration Trump en justice, lundi 5 janvier, pour sa passivité en matière de protection de celles aussi appelées « crabes fer à cheval » et qui se trouvent sur la côte Est et dans le golfe du Mexique.
Parfois qualifiées de « fossiles vivants », les limules – qui mesurent en général entre 30 et 50 centimètres, queue comprise – sont convoitées pour leur sang bleu utilisé, depuis les années 1970, pour tester la sécurité des produits biomédicaux. Une pratique désormais dispensable avec l’existence d’alternatives synthétiques approuvées et largement utilisées en Europe et en Asie.
« La pêche des limules pour leur sang est désormais la principale menace qui pèse sur elles », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Will Harlan, scientifique au Center for Biological Diversity, qui a engagé l’action en justice contre l’agence fédérale américaine chargée notamment de la protection des ressources marines.
Doublement des prélèvements en sept ans
« Nous pensons que, comme les populations de limules sont très réduites à l’étranger – les trois autres espèces de limules étant toutes encore plus menacées que la limule américaine –, la demande mondiale s’est déplacée vers les Etats-Unis », a-t-il ajouté. Les prélèvements à des fins biomédicales ont doublé au cours des sept dernières années, a-t-il précisé.
Le Center for Biological Diversity, avec 25 autres organisations, a adressé en février 2024 une pétition au gouvernement de l’ancien président Joe Biden pour inscrire la limule américaine sur la liste des espèces menacées ou en danger.
En vertu de la loi fédérale américaine de protection des espèces en danger (Endangered Species Act), une telle pétition déclenche un délai de 90 jours pour rendre une décision initiale. Si la loi prévoit une certaine flexibilité, elle exige toutefois qu’une décision scientifiquement justifiée soit prise dans l’année.
« Malheureusement, sous les deux administrations, nous avons attendu une décision qui, légalement, aurait dû intervenir beaucoup plus tôt », a regretté M. Harlan. « Mais les limules ne peuvent plus attendre. »














