- Les célibataires de la Gen Z privilégient l’intelligence émotionnelle face aux défis des relations modernes.
- Cette capacité permet de mieux identifier ses émotions et celles des autres pour construire des relations saines.
- Elle devient un outil clé pour éviter les relations toxiques et mieux communiquer.
Alors que les applications de rencontre se développent et qu’il n’a jamais été aussi simple de faire des rencontres (un swipe, un match, et c’est fait), la quête du grand amour n’a jamais été aussi complexe. Construire une relation saine, harmonieuse et alignée, aujourd’hui, ressemble à une mission presque impossible et trouver quelqu’un, à un parcours du combattant. Cette quête de l’amour en laisse plus d’un sur le carreau, lessivé par les échecs et les relations toxiques, si bien qu’on parle d’une « dating fatigue », notamment à cause des applications de rencontre.
Lassés par les malentendus et les attitudes peu respectueuses de l’autre (love bombing, ghosting, breadcrumbing), les célibataires de la Gen Z semblent vouloir changer de logiciel. Selon le rapport annuel Year is Swope de Tinder, un enjeu est devenu central pour eux dans leur relation amoureuse : l’intelligence émotionnelle. Elle est « le sujet le plus fréquemment mentionné cette année dans les bios des utilisateurs, preuve qu’elle est devenue une priorité centrale pour l’ensemble de la communauté
« , indique l’application de dating dans un communiqué de presse. En collaboration avec Génération QE (nouvelle fenêtre), spécialiste français de l’intelligence émotionnelle, Tinder a d’ailleurs lancé un questionnaire interactif, permettant de mieux se connaître et d’explorer son intelligence émotionnelle.
L’intelligence émotionnelle, une boussole intérieure
« C’est une capacité à identifier, à comprendre et à réguler ses émotions. Pas que les siennes, mais celles d’autrui
« , explique le psychologue Pascal Anger à TF1info. Il ajoute : « C’est aussi pouvoir s’adapter à l’autre et à son environnement
« . Selon lui, aujourd’hui, nous sommes « assez dépourvus de ce côté-là, parce que l’on ne fait pas suffisamment attention à notre intuition
« . Résultat : nous sommes moins connectés à nous-mêmes, à notre empathie et, de ce fait, moins aptes à mieux communiquer avec les autres. L’intelligence émotionnelle, c’est cette capacité à s’observer, à noter la façon dont on réagit par rapport à la joie, la peur, l’irritation ou encore la colère, mais aussi les accepter. Elle est notre boussole intérieure pour naviguer dans ses émotions mais également dans ses relations. S’écouter est essentiel, pourtant, selon une étude menée par Génération QE, moins de 1% des personnes interrogées atteignent un niveau « expert » d’intelligence émotionnelle. En résumé : on ne sait pas vraiment s’écouter. Pour Christophe Haag, professeur HDR à emlyon business school, chercheur en psychologie sociale et expert en intelligence émotionnelle, joint par TF1info, « les émotions ne sont pas des ennemis, ce sont des informations. Quand on ressent des émotions, ça vient nous dire quelque chose par rapport à notre environnement
« . Il ajoute : « Elles sont à la base toutes fonctionnelles ».
La colère peut aider à combattre une injustice. La peur nous sauve du danger. « La jalousie, même dans une moindre mesure, va vous permettre à un moment d’être un petit peu plus vigilant par rapport à ce qui se passe autour ».
Au-delà d’être un savoir-être, l’intelligence émotionnelle, c’est du savoir-faire d’un point de vue des choix. Pourquoi ? Parce qu’aucune décision n’est prise sans émotion. « Lorsqu’il faut décider entre A et B, bien qu’à un moment, il y ait une préférence
« , souligne le professeur. Or, cette préférence trouve sa source quelque part : une sensation dans le corps, une intuition ou bien sûr une émotion. Et c’est en cela que l’intelligence émotionnelle peut être un véritable repère, voire un radar à relation potentiellement toxique. « On sait que lorsque les deux partenaires ont un niveau d’intelligence émotionnelle qui est faible, il y aura beaucoup plus de conflits dans ce couple, moins de satisfaction amoureuse, affective et sexuelle
« , note Christophe Haag. A contrario, être capable d’identifier et d’observer ses émotions permet de nous comprendre pour mieux comprendre l’autre. Pour Pascal Anger, « plus on est connecté à soi et plus on est connecté aux autres, et plus on arrive justement à aller au-delà de la posture. L’intelligence émotionnelle se mesure à la façon dont l’autre va se présenter, à son ton, à des mimiques, à des façons d’être aussi. Donc, c’est comment je reçois la tristesse de l’autre, comment ça s’exprime au niveau de son affection vis-à-vis de moi, au niveau verbal, mais du langage corporel
« . En résumé, c’est avoir la capacité de mettre des mots sur les maux de la personne qui est en face de nous, être davantage dans la compréhension, la communication, l’empathie, l’acceptation, l’accueil et donc l’authenticité. Or, nous sommes limités parfois dans nos connexions à l’autre parce qu’il y a la peur de trahir, de faire mal, de ne pas être crédible. Ce qui amène aux mensonges dans la relation ou, dans le pire des scénarios, le ghosting, mais « il faut l’écouter cette peur aussi, parce que c’est une émotion valide
« .
Plus intelligents émotionnellement, moins toxiques pour l’autre
À l’heure où on parle de red flags et d’attitude toxique, l’intelligence émotionnelle serait-elle une machette pour traverser la dense forêt du dating moderne, un antidote aux relations malsaines ? « Quelqu’un qui manquerait d’intelligence émotionnelle, pourrait vous contaminer consciemment ou inconsciemment avec la toxicité
, admet Christophe Haag, plus vous êtes émotionnellement intelligent, moins vous êtes toxique pour autrui
« . Et repérer ce manque d’intelligence émotionnelle chez l’autre est possible. C’est par exemple, une personne qui parle tout le temps, qui ne sait pas écouter activement. C’est une personne qui ne donne pas suite après une rencontre. Une personne rancunière qui peut avoir un comportement agressif ou « qui va polluer votre boîte mail ou votre messagerie, ce sont des signes forts
« . Il ajoute également : « Ce sont des personnes qui vous mettent très rapidement mal à l’aise, qui, dans une première rencontre, va utiliser des outils pour vous mettre en situation d’inconfort, d’infériorité, ou de gênance
« . A contrario, une personne avec une intelligence émotionnelle élevée, elle, saura reconnaître ses erreurs et mettre l’autre à l’aise. Elle parlera avec vulnérabilité, sans masque, avec authenticité. « L’authenticité fait elle-même le tri. Quand on aime l’autre pour qui il est, l’autre devient une projection de soi dans ce qu’il dit, dans ce qu’il vit, dans ce qu’il fait. Et on est attiré par ça et on développe un sentiment amoureux vis-à-vis de ses valeurs et de la personne qu’il est
« , précise Christophe Haag. Pas ce qu’elle prétend être. En gros, « l’intelligence émotionnelle est une mise à nu psychique des deux partenaires
« .
Mais il y a un mais. L’intelligence émotionnelle peut être à double tranchant. « Il faut faire attention quand on est en rapport à nos émotions, parce que parfois, on peut tomber sur des personnes qui ne vont pas être forcément positives et qui vont parfois profiter de notre état d’empathie et de conscience et qui vont en jouer
« , alerte le psychologue Pascal Anger. C’est le cas par exemple des gourous, des prédateurs psychiques, mais également des manipulateurs et autres pervers narcissiques. Ces personnes ont « une grande intelligence émotionnelle, et c’est ce qui va leur permettre de pouvoir entrer en contact, jouer avec les failles de l’autre, voir où il n’a pas confiance en lui et pouvoir le manipuler de plus belle
« . Et de conclure « ça peut avoir les deux versants, ça peut être positif comme ça peut être négatif, tout dépend de là où vous en êtes et tout dépend de ce que vous en faites
« .











