Un deuxième homme, un ecclésiastique sexagénaire, a été mis en examen pour « viol par personne ayant autorité » dans le dossier de Notre-Dame-de-Bétharram, établissement privé du Sud-Ouest visé par près de 250 plaintes d’anciens élèves, pour l’essentiel prescrites en raison de l’ancienneté des faits.
Fellations et masturbations forcées, passages à tabac, humiliations et supplices… Depuis deux ans, la parole s’est libérée et une procédure judiciaire a été ouverte dans cette tentaculaire affaire mettant en cause des prêtres et des laïcs pour des faits commis entre la fin des années 1950 et le début des années 2000.
Ce deuxième homme mis en examen, né en 1963, n’avait « jamais été entendu » jusqu’ici, a indiqué jeudi le procureur de la République à Pau, Rodolphe Jarry, dans un communiqué. Le plaignant, né en 1981, dénonce « un fait de viol survenu à une seule reprise, entre 1993 et 1996 ».
Seules deux plaintes n’étaient, jusque-là, pas tombées sous le coup de la prescription et avaient conduit à la mise en examen, le 21 février 2025, d’un ancien surveillant de l’établissement béarnais pour « agression sexuelle sur mineur de quinze ans en 2004 » et « viol sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité commis entre 1991 et 1994 ».
Ce dernier a bénéficié mercredi « d’une ordonnance de refus de prolongation de sa détention provisoire et de placement subséquent sous contrôle judiciaire », a indiqué le parquet, qui a fait appel de cette décision.
– Fermeture du site –
L’ecclésiastique mis en examen jeudi a lui aussi été placé « sous contrôle judiciaire en s’entourant de garanties quant à sa représentation ultérieure en justice », selon le procureur, qui avait requis son placement en détention provisoire.
Lors de sa garde à vue, entamée mardi, il a contesté les faits qui lui étaient reprochés, d’après la même source.
Au total, 15 prêtres, presque tous décédés, et quatre laïcs ayant exercé à Bétharram ont été mis en cause. Un autre surveillant et un prêtre placé en garde à vue ont bénéficié de la prescription, dont le point de départ commence à la majorité des plaignants et se poursuit désormais jusqu’à 30 ans dans les cas de viol.
La congrégation des pères de Bétharram a reconnu sa « responsabilité » dans les violences physiques et sexuelles dénoncées, et compte indemniser toutes les victimes.
Cette deuxième mise en examen intervient peu après l’annonce de la fermeture du site historique de Notre-Dame-de-Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, déménagé prochainement dans le village voisin d’Igon, où le groupe scolaire, rebaptisé Beau Rameau en 2009, compte déjà une école, un lycée et un lycée professionnel.
– Proposition de loi –
Une commission d’enquête parlementaire, lancée en mars 2025, avait souligné en juillet les manquements publics après le scandale autour des révélations sur l’affaire des violences sexuelles et physiques qui se sont poursuivies pendant des décennies dans cet établissement huppé où l’ex-Premier ministre François Bayrou avait eu des enfants scolarisés.
Elle avait pointé un « défaut d’action » de sa part quand il était ministre de l’Education nationale (1993-1997). M. Bayrou, qui n’est pas mis en cause directement, a également été accusé, notamment par la gauche, d’avoir menti sur sa connaissance des abus, quand lui réfute tout mensonge et considère que l’affaire était « faite pour le détruire ».
Fin janvier, soit six mois après les conclusions de la commission d’enquête, ses corapporteurs, Paul Vannier et Violette Spillebout, ont déposé une proposition de loi pour « prévenir et lutter » contre les violences à l’école.
Cette affaire, qui a eu un écho retentissant, a aussi entraîné des révélations en chaîne de mauvais traitements et agressions sexuelles dans d’autres établissements, souvent catholiques, à travers la France, dans le Sud-Ouest, le Nord, en Bretagne ou encore en Ile-de-France.
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