La journée du 21 janvier aurait pu être l’occasion d’un état des lieux avant un possible divorce. Elle s’est conclue par un revirement inattendu de Donald Trump sur la question, devenue obsessionnelle pour lui, du Groenland. Dans un premier temps, le président des Etats-Unis a profité de son discours au Forum économique mondial de Davos pour écarter, pour la première fois, la menace d’une annexion par la force de ce territoire autonome rattaché au Danemark, un membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. A l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte, Donald Trump a ensuite fait part d’une perspective diplomatique qui permettrait d’éviter une crise sans doute fatale aux liens transatlantiques.
Cette perspective, si elle se vérifie, passerait manifestement par des transferts de souveraineté limités pour la base militaire dont les Etats-Unis disposent déjà au Groenland, comme pour celles qu’ils souhaiteraient remettre en fonction. Cette formule, à condition qu’elle soit acceptée par les Groenlandais et par les Danois, obligerait Donald Trump à renoncer au titre de propriété qu’il jurait vouloir obtenir, alors que les habitants de la grande île ont fait savoir de la manière la plus claire qu’ils n’entendent pas devenir américains.
Un tel répit permettrait à Washington et aux pays européens de se concentrer, en matière de sécurité, sur la seule priorité qui compte : mettre fin à la guerre en Ukraine. Un an après le retour au pouvoir du milliardaire, ce conflit perdure parce que ce dernier refuse d’apporter à Kiev le soutien militaire qui contraindrait l’unique responsable de cette guerre interminable et dévastatrice, Vladimir Poutine, jamais présenté comme tel par Donald Trump, à négocier.
Rien ne dit, cependant, que ce revirement soit le dernier dans un dossier qui fait perdre inutilement bien trop de temps et d’énergie de part et d’autre de l’Atlantique. Ces tensions ne profitent qu’à la Russie et à la Chine, trop heureuses de voir se fissurer, sous les coups de boutoir de Donald Trump, ce qui fut longtemps l’alliance militaire la plus solide de la planète, en bonne partie parce qu’elle reposait sur des valeurs partagées.
Ce temps est révolu pour l’heure. Le discours, tissé de mensonges éhontés, brouillon et décousu, prononcé, le 21 janvier, par Donald Trump a montré une nouvelle fois, après celui tenu par son vice-président à Munich, en février 2025, et après la publication, en décembre, de la « stratégie de sécurité nationale » américaine, que la crise entre les Etats-Unis et une Union européenne méprisée de manière également obsessionnelle est sérieuse et profonde.
Que la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, ait jugé nécessaire de quitter, le 20 janvier, à Davos, un dîner au cours duquel le secrétaire au commerce des Etats-Unis, Howard Lutnick, multipliait les critiques contre les Européens témoigne à sa manière de la réalité du schisme.
Avant l’arrivée du président américain, le premier ministre canadien, Mark Carney, a tiré sans attendre, dans un discours particulièrement lucide, les enseignements de la grande remise en cause par Donald Trump des liens entre les Etats-Unis et leurs alliés. Cette crise de confiance, a-t-il constaté, ne peut que pousser ces derniers, « puissances moyennes » désormais à découvert, à s’organiser pour envisager l’avenir, quels qu’en soient les difficultés et les périls, sans les Etats-Unis. Il reste peu de temps avant que cette éventualité devienne inévitable.












