- Malgré les menaces répétées de Trump de frapper le régime iranien, le Kremlin n’a pas encore réagi.
- Une déclaration n’est pas exclue dans les jours qui viennent, mais cette discrétion rappelle en tout cas le silence complet de Poutine sur la capture de Nicolas Maduro.
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Ukraine-Russie : en marge des négociations, les attaques russes continuent
« L’aide est en route. »
Tandis que la répression sanglante (nouvelle fenêtre) continue de faire rage en Iran, le président américain Donald Trump a appelé mardi 13 janvier les manifestants mobilisés à continuer de protester, promettant de les soutenir. Il a aussi affirmé que Washington agirait « de manière très forte »
(nouvelle fenêtre)
si des contestataires arrêtés étaient exécutés. Des menaces répétées, mais sans déclencher pour l’heure de réaction vive du côté de Moscou, pourtant soutien du régime de Téhéran.
Le ministère des Affaires étrangères russe a seulement mis en garde contre toute tentation « d’agresser à nouveau l’Iran »
, après les bombardements américains de juin 2025 (nouvelle fenêtre), et de ses « conséquences désastreuses de telles actions »
pour la région et « la sécurité internationale »
, d’après Reuters (nouvelle fenêtre). Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a de son côté assuré ce mercredi que Moscou allait continuer de travailler avec les autorités iraniennes, malgré les menaces américaines, toujours selon l’agence de presse (nouvelle fenêtre). Mais le Kremlin lui-même n’a pas encore réagi.
Quelques déclarations de la diplomatie russe… mais un Poutine mutique
Un silence à analyser avec prudence. « Vladimir Poutine ne réagit jamais à chaud. Il doit évaluer la situation et l’on peut exclure une réaction plus dure plus tard »
, souligne auprès de TF1info Jean de Gliniasty, directeur de recherches à l’Iris et ex-ambassadeur à Moscou, qui vient de publier Géopolitique de la Russie
(éditions Eyrolles). « La presse russe a annoncé que les autorités iraniennes avaient dissuadé Donald Trump d’attaquer, peut-être que Moscou a joué un rôle en ce sens »
, glisse l’expert, même si rien ne filtre pour l’heure côté américain sur l’organisation ou non d’une opération (nouvelle fenêtre).
Cette discrétion s’inscrit malgré tout dans le sillage de la stratégie du pouvoir russe lors d’une autre crise récente : la capture par les forces américaines du président vénézuélien Nicolas Maduro (nouvelle fenêtre), lui aussi soutien de Moscou, dans la nuit du 2 au 3 janvier. Sergueï Lavrov a bien fustigé ce mercredi une « violation flagrante du droit international »
, mais sans taper davantage du poing sur la table. Et Vladimir Poutine n’a pas du tout pris la parole à ce sujet.
Un silence particulièrement remarqué, d’autant que le dirigeant russe n’avait pas protesté non plus lorsqu’un pétrolier battant pavillon russe a été saisi par les autorités américaines (nouvelle fenêtre) dans l’Atlantique nord la semaine passée, sur fond de soupçon de contournement des sanctions américaines. Le ministère des Affaires étrangères s’est contenté d’accuser Washington d’attiser des « tensions militaires et politiques »
(nouvelle fenêtre) et de préciser que l’équipage serait bien libéré, sans donner plus de suites à cet incident.
Autant de précautions qui laissent dire aux spécialistes que la Russie cherche bien à ménager l’administration américaine, avec un objectif en tête : garder la latitude qu’elle souhaite pour poursuivre son invasion en Ukraine. « L’enlisement dans ce conflit, depuis quatre ans, limite sa marge de manœuvre diplomatique en réduisant ainsi son influence sur tous les théâtres »
, constate Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Eurasie au sein de l’Ifri.
La guerre en Ukraine, « priorité absolue » du Kremlin
En particulier, « défendre d’une manière ou d’une autre ses alliés, qui sont les ennemis de Donald Trump, revient à perdre les faveurs de ce dernier dont Vladimir Poutine a besoin pour consolider ses objectifs en Ukraine »
, décrypte l’experte, qui constate que le Kremlin se retrouve dans « un jeu paradoxal, en balançant sur une ligne de crête »
. S’interdire de critiquer les actions de la Maison Blanche, en pleins pourparlers sur la fin de la guerre (nouvelle fenêtre), « fait partie de cette stratégie qui réduit les acquis diplomatiques russes précédents, vis-à-vis du Sud global »
.
« Les Russes ne veulent pas antagoniser les États-Unis, pour maintenir le fil de la négociation. Leur priorité absolue, c’est la guerre en Ukraine »
, abonde Jean de Glisniasty. D’autant que malgré une économie en berne, avec une croissance très faible ces derniers mois (nouvelle fenêtre), le pouvoir russe pourrait bien être convaincu que ses investissements militaires paieront bientôt : « il a le sentiment qu’il est sur le point de gagner ce qu’il veut, a minima les quatre oblasts ukrainiens occupés et la Crimée »
, analyse l’ancien ambassadeur. Quitte à laisser d’ici là plusieurs capitales amies se retrouver dans le viseur américain, sans se risquer à leur porter secours.
Un sacrifice pas forcément coûteux, note toutefois le chercheur : pour lui, l’Iran et le Venezuela sont davantage des « soutiens »
du Kremlin que des alliés. « Les Russes ont acheté à Téhéran des drones Shahed pour la guerre en Ukraine mais maintenant, ils ont leurs propres usines. L’Iran est aussi devenu un concurrent pour les exportations de pétrole et de gaz. Et avec Caracas, les intérêts économiques n’étaient pas énormes »
, égrène-t-il. Reste que même si ces appuis ne sont « pas déterminants »
, entre ces crises internationales et la saisie du pétrolier sous pavillon russe (nouvelle fenêtre), « tout cela affaiblit la Russie »
, constate le spécialiste.
Ces récents épisodes montrent bien que Moscou se retrouve même « complètement absorbé, tétanisé »
par son offensive en Ukraine : « c’est une cause existentielle pour Vladimir Poutine et pour une partie de l’establishment russe, on sort du rationnel »
, insiste l’ex-diplomate. Sur le terrain, les frappes ne connaissent d’ailleurs aucun répit, quels que soient les tumultes internationaux. Mardi, l’armée russe a de nouveau mené des frappes massives sur le sol ukrainien, faisant plusieurs morts.














