Après le retentissant procès des viols de Gisèle Pelicot, Cyril Zattara, prof de danse rock et hypnothérapeute autoproclamé, sera jugé à partir de ce lundi 5 janvier à Aix-en-Provence, accusé d’avoir pendant des années drogué des femmes pour abuser d’elles puis les filmer à leur insu.
Cet homme sociable, décrit comme « empathique » par ses proches, avait un mode opératoire bien rodé, selon les enquêteurs: il glissait un somnifère dans un verre de vin ou d’eau qu’il servait aux femmes qu’il recevait, en général chez lui. Ensuite, profitant de l’état second de la victime, il la violait.
Aujourd’hui âgé de 47 ans et en détention provisoire depuis presque cinq ans, il est accusé d’avoir violé 14 femmes, sur une dizaine d’années. En tout, 19 parties civiles se présenteront devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône ce lundi: l’homme est aussi renvoyé pour des atteintes à la vie privée, ayant filmé des femmes à leur insu.
En 2019, une étudiante de 24 ans porte plainte contre lui. La jeune femme, qui a rencontré Cyril Zattara lors d’une soirée de danse, l’avait revu pour une séance d’hypnose.
Après avoir consommé partiellement un verre de vin qu’il lui avait servi, elle est prise de bouffées de chaleur, puis se réveille avec des souvenirs confus, se rappelant avoir vomi, et avoir été pénétrée contre son gré par le quadragénaire. Son ADN a été retrouvé sur les ongles et les sous-vêtements de la jeune femme.
Cyril Zattara a « énormément évolué », assure son avocate Maître Dorine Sekly Livrati à l’AFP, « notamment grâce à un important travail psychologique et psychiatrique ». Aujourd’hui, il reconnaît dix des 14 crimes dont il est accusé, qu’il qualifie « d’immondes, de monstrueux ».
Pour l’avocate, cette affaire pose la question de la prescription des benzodiazépines comme le zolpidem, un puissant somnifère qu’utilisait son client, et « dont l’usage est souvent détourné à des fins délictuelles ou criminelles ».
Une demande de huis clos
En mars, Maître Marylou Diamantara, avocate qui défend cinq des victimes, avait dénoncé auprès de l’AFP le « mécanisme préparatoire » de l’accusé: « il va se faire prescrire des ordonnances, il va obtenir les médicaments, il va les avoir avec lui. Et à un moment donné, il a toutes ses proies autour de lui, toutes ses amies dont il prend soin et dont il est confident ».
Car la plupart des parties civiles entretenaient ou avaient entretenu des relations au moins amicales, voire amoureuses ou sexuelles avec Cyril Zattara. D’autres venaient le voir pour des séances d’hypnose, une activité qu’il avait développée sans aucun diplôme au domicile de ses parents à Aix-en-Provence.
Quand les femmes se réveillaient, sonnées, parfois dévêtues, il attribuait leur état à l’hypnose ou incriminait l’alcool. En réalité, les examens sanguins et capillaires ont montré que les victimes avaient ingéré des benzodiazépines.
Les photos et vidéos intimes retrouvées dans son matériel informatique ont permis aux enquêteurs de constater que pendant les rapports sexuels, les femmes étaient dans un état « léthargique », les yeux dans le vide, les bras ballants.
Lundi à l’ouverture du procès, Caroline Kazanchi, l’avocate d’une des victimes, devrait demander le huis clos. Selon elle, si les autres ne le demandent pas, c’est « parce qu’il y a un effet de groupe, et puis il y a un effet Pelicot ». Elle estime que « le huis clos est là justement pour libérer la parole des victimes ».
Cette affaire de soumission chimique fait écho à l’affaire qui a eu un retentissement mondial dite des viols de Mazan, dans laquelle 51 hommes ont été condamnés définitivement, la plupart pour viols aggravés sur Gisèle Pelicot, alors que celle-ci était assommée de médicaments par son mari.
C’est d’ailleurs le juge Roger Arata, qui avait déjà officié lors de ce procès historique à Avignon, qui présidera ce nouveau procès de la soumission chimique, qui doit durer jusqu’au 20 janvier, cette fois-ci à Aix-en-Provence.
Article original publié sur BFMTV.com









