lundi, avril 27

  • Le dirigeant russe Vladimir Poutine a reçu ce lundi à Saint-Pétersbourg le chef de la diplomatie iranienne.
  • L’occasion d’afficher son soutien à Téhéran, mais surtout de se poser en médiateur pacifiste dans le conflit en cours entre Washington et Téhéran.
  • Accaparé par sa guerre en Ukraine, Moscou marche sur une ligne de crête pour conserver son partenaire iranien sans s’attirer les foudres de la Maison Blanche.

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Moyen-Orient : tensions autour du détroit d’Ormuz, cessez-le-feu fragile au Liban

Il a promis de « tout » faire pour que la paix soit de retour, « le plus rapidement possible ». Le président russe, Vladimir Poutine, recevait ce lundi 27 avril à Saint-Pétersbourg (nouvelle fenêtre) le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, en pleine tournée diplomatique pour resserrer les liens avec ses soutiens, face au fragile cessez-le-feu avec Washington (nouvelle fenêtre). Lors de cet entretien, le chef du Kremlin s’est contenté de saluer le combat du « peuple iranien » pour son « indépendance »… mais sans s’en prendre frontalement aux États-Unis.

De fait, depuis le début du conflit, fin février, Moscou a condamné l’offensive israélo-américaine contre l’Iran. Mais il se pose bien davantage en médiateur qu’en soutien actif du régime iranien, dont il est pourtant un partenaire important, après avoir signé un accord de coopération globale l’an passé. Ces derniers jours, la Russie a même proposé d’accueillir sur son sol l’uranium iranien enrichi en cas d’accord de paix, l’un des points d’achoppement des pourparlers (nouvelle fenêtre) des dernières semaines. 

Entre soutien « discret » et offre de médiation, une difficile ligne de crête

Derrière cette attitude diplomatique, un objectif se dessine en creux : « ne pas froisser le président américain », résume pour TF1info Carole Grimaud, enseignante à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de la Russie. « Jusqu’au conflit en Iran, les deux pays étaient entrés dans une phase plutôt d’entente, notamment sur la guerre en Ukraine. Vladimir Poutine a donc plus d’avantages à rester dans les petits papiers de Donald Trump que dans ceux du gouvernement iranien », développe-t-elle. 

La Russie reste malgré tout dans une position « ambiguë », en offrant une aide « discrète » à l’Iran, souligne l’experte. Elle ne veut pas risquer en effet de sacrifier complètement ses liens avec Téhéran, d’autant qu’elle a déjà perdu un soutien avec la mort du Guide suprême Ali Khamenei (nouvelle fenêtre). Elle ressort aussi fragilisée de la capture, début janvier, du président vénézuélien, Nicolas Maduro, un autre partenaire important (nouvelle fenêtre)

Officiellement, Moscou n’a ainsi proposé aucune aide militaire concrète à l’Iran, d’autant que ses moyens sont déjà concentrés sur le front ukrainien. Mais il aurait partagé des renseignements, pour permettre aux militaires iraniens de frapper des cibles américaines, a révélé le Washington Post (nouvelle fenêtre). Il lui aurait aussi livré des conseils tactiques pour manipuler les drones, en s’appuyant sur son expérience dans le conflit ukrainien, d’après des médias américains (nouvelle fenêtre) également. Les drones iraniens Shaded, produits à la chaîne en Russie (nouvelle fenêtre), sont ainsi parvenus à percer des défenses aériennes dans les pays du Golfe pendant la guerre.

Reste que malgré tout cela, la Maison Blanche n’a pas haussé le ton. Mi-mars, Donald Trump jugeait « possible » que Vladimir Poutine « aide un petit peu » son partenaire iranien, mais sans s’en émouvoir plus que cela. « Le soutien russe à l’Iran relève plus du symbolique. Il y a une certaine ligne rouge à ne pas franchir, qui pourrait menacer les intérêts américains, comme l’abattage d’un avion avec du matériel russe par exemple », souligne Carole Grimaud, qui y voit un vrai « exercice d’équilibriste ».

Le Kremlin semble ainsi privilégier coûte que coûte la poursuite de sa guerre en Ukraine, entrée dans sa cinquième année, et espère garder la Maison Blanche dans sa poche dans les pourparlers de paix (nouvelle fenêtre), aujourd’hui gelés. « Poutine reste obsédé par l’Ukraine et, à tort ou à raison, il continue de croire que Trump l’aidera à atteindre ses objectifs dans le conflit en cours », estimait ainsi fin mars une note (nouvelle fenêtre) du cercle de réflexion américain Council on Foreign Relations.

Une « manne financière » alléchante ?

La guerre en Iran lui offre d’ailleurs une autre opportunité de taille : détourner l’attention internationale et surtout américaine sur l’Iran (nouvelle fenêtre), pendant qu’il poursuit ses frappes sur son voisin ukrainien. Ce nouveau théâtre de négociations au Moyen-Orient permet aussi à la Russie de tenter de revenir dans le jeu diplomatique mondial, dont elle a été en partie exclue depuis l’invasion de l’Ukraine. En se posant en médiatrice, elle tente de peser à nouveau dans les jeux de pouvoir régionaux. Mais cette stratégie est-elle réellement payante ? « Les négociations n’ont mené à rien pour l’instant avec l’Ukraine, donc elle n’est pas crédible dans cette tentative de médiation sur l’Iran, si ce n’est auprès d’une poignée de pays du Sud », analyse Carole Grimaud. 

Moscou semble en revanche bien tirer son épingle du jeu sur un tout autre terrain : les retombées économiques. Avec la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, les exportations de pétrole ont chuté, poussant Washington à relâcher temporairement ses sanctions sur le pétrole russe (nouvelle fenêtre). Mais surtout, le prix du baril a flambé (nouvelle fenêtre), permettant à la Russie d’engranger des revenus conséquents. Fin mars, le média spécialisé Bloomberg (nouvelle fenêtre) révélait que les exportations russes de pétrole avaient doublé en valeur en trois semaines seulement, permettant au pays de dégager des profits jamais vus depuis le début de l’invasion en Ukraine. 

« C’est une manne financière, mais temporaire, qui ne va pas véritablement changer la donne, nuance toutefois Carole Grimaud. Depuis 2022, la Russie a tellement perdu de marchés que cela lui offre une compensation, mais n’augure pas pour autant d’un retour à la normale pour l’économie russe, loin de là. » Le Kremlin pourrait toutefois être tenté de faire perdurer les effets de cette parenthèse le plus longtemps possible… en ne se pressant pas pour faire réellement revenir la « paix » dans la région. 

Maëlane LOAËC

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