vendredi, mai 29

« Je suis tellement heureuse d’enfin le rencontrer, mon rêve est devenu réalité », a déclaré Ana Maria Navarrete, 56 ans. « Le », c’est son fils, Kyle Adler, 36 ans. En février dernier, le duo mère-fils s’est revu pour la première fois depuis 1990, après que Kyle a été volé à neuf mois et adopté par un couple états-unien.

Comme environ 20.000 d’enfants chiliens, Kyle a été volé et placé à l’adoption aux États-Unis et en Europe sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet dans les années 1970 et 1980, rapporte l’agence Associated Press, qui révèle cette affaire.

« Mes parents ne m’ont pas volé. Ils ne m’ont pas appelé Kyle par méchanceté », assure celui qui a grandi dans la banlieue de Chicago.

« Ils m’ont vu pour la personne qu’ils voulaient que je devienne, et ils y ont mis beaucoup d’amour. »

Début 2017, Kyle a découvert l’association Nos Buscamos (une ONG qui œuvre pour réunir les familles chiliennes séparées par le trafic d’enfant sous Pinochet) sur Facebook, après avoir tapé « recherche mère biologique chilienne » dans un moteur de recherche. Il a rencontré trois mois plus tard sa fondatrice, Constanza Del Rio, qui lui a révélé son histoire.

Bébé volé à l’insu de sa mère

La mère de Kyle, Ana Maria Navarrete, n’avait que 19 ans quand elle a donné naissance à son fils, qu’elle avait appelé Marcos Antonio Navarrete. Mère célibataire, elle travaillait alors de nuit dans une poissonnerie de la ville côtière de Coronel, dans le centre du pays. Ne pouvant pas se permettre de louer un appartement assez grand, elle avait alors confié son fils à une femme, chez qui vivait le bébé.

Ana Maria se souvient au micro d’AP qu’elle allait le voir dès qu’elle avait un moment de libre. Mais un jour, la femme en charge de Marcos Antonio lui a appris que le bébé avait été adopté par un couple d’Américains, après qu’un prêtre du coin avait pris des dispositions pour un bébé « qui avait besoin d’une famille ».

« Et elle les a laissés le prendre », s’est-elle souvenue, furieuse, auprès de l’agence de presse. « Personne n’a été tenu responsable », a-t-elle ajouté, précisant que « les années qui ont suivi étaient les pires de ma vie ». Sans soutien de sa famille, elle avait abandonné l’idée de retrouver son fils.

Test ADN

Après avoir découvert qu’il avait été volé bébé, Kyle dit avoir passé plusieurs années difficiles, qu’il a réussi à surmonter grâce à une thérapie. Quelques années après la mort de ses parents adoptifs, Mike et Connie, en 2022, il a pris la décision de retrouver sa mère.

L’année dernière, il a effectué chez lui un test ADN, qui a confirmé son lien de parenté avec Ana Maria Navarrete, un nom qui lui était inconnu. En février, il a voyagé au Chili pour rencontrer sa mère biologique. Celle-ci « a simplement toujours voulu que je sois en vie », disait-il à AP avant de monter dans l’avion.

Apprendre à se connaître

Arrivé au Chili, Kyle a vu Ana Maria pour la première fois à l’aéroport. Plus grand que sa mère, il s’est penché pour l’étreindre, les deux en pleurs. Pendant une semaine, mère et fils ont appris à se connaître: Kyle avait ramené des photos de son enfance, Ana Maria lui a présenté deux de ses quatre autres enfants. Ne parlant pas espagnol, Kyle a dû communiquer avec sa mère via un interprète, que lui a fourni l’association Connecting Roots, spécialisée dans les retrouvailles entre les bébés chiliens volés et leurs familles.

« Je ne suis pas seulement le fils que tu as perdu, je suis le fils que tu as retrouvé. Je suis de nouveau ton fils », a déclaré Kyle.

Avant le départ de Kyle pour les États-Unis, ils sont convenus de se retrouver en décembre. « Cela m’a pris tellement de temps pour le trouver. Et puis après avoir passé une semaine ensemble, il est reparti. C’est comme si je l’avais retrouvé mais que je venais de le perdre à nouveau », s’est désolée Ana Maria.

La Chilienne a également déclaré travailler avec des avocats, dans l’espoir de voir emprisonnées les personnes impliquées dans le vol de son bébé. « Je veux que justice soit faite. Pas seulement pour moi, mais aussi pour lui, parce que je ne sais pas quel genre de vie il a eu », martèle-t-elle.

Article original publié sur BFMTV.com

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