On aurait pu penser que l’horreur du procès des viols de Mazan et son retentissement mondial auraient servi de leçon, ou du moins permis une prise de conscience. Mais cette enquête est la preuve que non. « Prêts à coucher avec une femme endormie », c’est le nom du projet d’un journaliste québécois, Hugo Meunier et de la réalisatrice Cloé Giroux, diffusée le 13 janvier au Québec et repéré par Le Parisien le 16 janvier. Et ce qu’il en ressort fait froid dans le dos.
Diffusé sur la chaîne éducative Savoir Média, ce reportage montre la démarche d’Hugo Meunier qui a tenté de comprendre si le calvaire qu’a subi Gisèle Pelicot, droguée par son mari afin d’être violée par des dizaines d’hommes, et le procès fin 2024, avait eu un impact dans son pays, notamment par une prise de conscience chez les hommes qui auraient pu être tentés par des pratiques condamnables.
Cette nouvelle façon d’enquêter sur Dominique Pelicot peut changer beaucoup de choses
« On allait à la pêche. […] J’étais sûr que Montréal était un rempart mondial, très féministe et progressiste », confiait Hugo Meunier, cité par La Presse. Il a ainsi reproduit une annonce similaire à celle qu’avait proposée Dominique Pélicot, afin de voir si elle rencontrait son public. Et malheureusement, oui. « Dans un monde idéal, personne n’aurait répondu à cette annonce. Malheureusement, la réalité fut nettement plus dégueulasse », constate le journaliste.
105 clients en 48 heures
Deux photos d’une femme endormie, générée par IA et un texte : « J’ai un fantasme assez précis… Viens baiser ma femme endormie. Chut, elle ne doit pas se réveiller ???? ». L’annonce a été postée en juillet dernier par Hugo Meunier sur le site Jalf – « Jouer avec le fantasme ». Ce site met en relation des personnes en quête de relations sexuelles au Québec.
L’enquête révèle qu’en seulement dix minutes, les réponses ont commencé à arriver, atteignant la centaine en 48 heures. En tout, 105 hommes ont manifesté leur intérêt. Seuls trois d’entre eux se sont posé la question du consentement de la femme, un seul soulignant que dans le cas contraire, c’était un viol.
d’Hugo Meunier a même semé des indices pour voir si certains « clients » allaient faire le lien avec des viols de Mazan. Il leur a imposé les mêmes règles que celles dictées par Dominique Pelicot aux violeurs de sa femme afin que celle-ci ne se réveille pas. Pas d’odeur de tabac ni de parfum, les mains à une température ni trop froide, ni trop chaude, ne pas faire de bruit. La femme sera sous somnifère dit-il, afin qu’elle ne se réveille pas. Réponse des clients : « Aucun problème ».
« Ce n’est pas juste notre combat à nous »
Le résultat est effarant. Seule bonne nouvelle, au bout de deux semaines, l’annonce a été effacée par Jalf et le journaliste empêché d’en recréer une nouvelle après le signalement d’un internaute. La plate-forme, contactée par le journaliste, n’a pas souhaité s’entretenir avec lui mais a annoncé avoir aussi banni certains de ses interlocuteurs.
« J’avais besoin de travailler là-dessus, explique à La Presse la réalisatrice Cloé Giroux. Besoin de comprendre. Il faut qu’il y ait un suivi à ce procès-là, il faut qu’on s’analyse en tant que société ! »
Pour elle, « les fantasmes ont un peu le dos large. On a longtemps éduqué les jeunes filles à être prudentes. Là, il faut éduquer les gars au respect ! Il faut que les gars commencent, entre eux, à se remettre en question. Ce n’est pas juste notre combat à nous. Le sujet n’est pas clos. C’est dans l’univers. Vous, qu’est-ce que vous en faites, maintenant ? »
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