Avec notre correspondante à Ankara, Anne Andlauer
Ils s’étaient réunis, le mercredi 15 avril à la mi-journée, sous les fenêtres du ministère de l’Éducation, à Ankara, pour dénoncer une fusillade dans un lycée survenue la veille quand ils ont reçu la nouvelle d’une deuxième fusillade. Une autre école, une autre région, et un bilan très lourd.
Double colère chez ces enseignants, qui ont transformé leur manifestation en sit-in, au moins jusqu’à vendredi. Ramazan Gürbüz, du syndicat Egitim Sen, dit son incompréhension : « Ça fait 41 ans que j’enseigne, je n’ai jamais connu un tel niveau de violence. Rien qu’en trois ans, on a compté une quarantaine de faits de violence mortels à l’école. Au lieu de lutter contre le problème, le pouvoir ne fait que répéter son objectif de « former une génération pieuse« . La violence ne fera qu’augmenter. On a peur. »
« Personne n’a plus confiance dans la justice »
Kadem Özbay dirige le syndicat Eğitim-İş. Il confirme la hausse des violences. Il y voit le symptôme d’un problème bien plus large : « C’est la conséquence de choix politiques. Dans un pays où la pauvreté augmente, où les jeunes n’ont plus d’avenir, où la plupart des séries télé font la promotion de la mafia, où personne n’a plus confiance en la justice, qui s’étonne que la violence soit devenue un problème général dans notre société ? Dans notre histoire, aucun pouvoir n’a gouverné aussi longtemps que le pouvoir actuel. Si même les écoles ne sont plus des lieux sûrs, c’est bien ce pouvoir qui est responsable. »
Pour continuer à se faire entendre, les syndicats envisagent d’organiser une grande manifestation, le samedi 18 avril, dans la capitale de la Turquie.
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