Deux célèbres chroniqueurs tunisiens, Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, ont été condamnés jeudi 22 janvier à trois ans et demi de prison pour « blanchiment d’argent » et « évasion fiscale », ont annoncé des médias locaux et la sœur de l’un d’eux. « Trois ans et demi pour Mourad et Borhen », a écrit sur Facebook la sœur de M. Zeghidi, Meriem Zeghidi Adda.
Les deux hommes sont déjà en détention depuis presque deux ans pour des déclarations considérées comme critiques du pouvoir du président Kaïs Saïed, dans des émissions de radio et de télévision ainsi que dans des publications sur les réseaux sociaux. Condamnés à une année de prison, ils avaient vu leur peine réduite à huit mois en appel.
Ils auraient dû sortir de prison en janvier 2025 mais sont restés en détention pour l’affaire jugée jeudi. Un avocat de M. Zeghidi, Fethi Mouldi, a affirmé que son client avait été poursuivi en raison d’une déclaration fiscale incomplète, « une situation qui a été réglée, ce qui invalide l’inculpation pour blanchiment d’argent », selon lui. Jeudi, lors de la dernière audience du procès, M. Zeghidi a réclamé sa libération tandis que M. Bsaies a demandé que justice lui soit rendue, a rapporté à l’Agence France-Presse (AFP) un autre avocat de M. Zeghidi, Ghazi Mrabet.
Des dizaines d’opposants et de militants poursuivis
Les arrestations de MM. Zeghidi et Bsaies avaient coïncidé avec celles de l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, libérée fin novembre, et d’une dizaine de militants de l’aide aux migrants.
Depuis le coup de force du président Saïed, qui s’est octroyé tous les pouvoirs depuis le 25 juillet 2021, des ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés en Tunisie. Des dizaines d’opposants et militants de la société civile sont poursuivis en vertu d’un décret présidentiel visant officiellement à lutter contre « les fausses informations » mais sujet à une interprétation très large dénoncée par des défenseurs des droits humains. Des chefs de l’opposition ont notamment été condamnés à de lourdes peines dans un méga procès de « complot contre la sûreté de l’Etat ».
En 2025, la Tunisie a chuté de 11 places dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), passant de la 118e à la 129e place sur 180 pays.













