- En 2025, 25 détenus sont parvenus à s’évader, dont trois directement depuis leur prison.
- Un fugitif récidiviste, aujourd’hui repenti, raconte comment il a été, à chaque fois, traqué et arrêté par la police.
- Une équipe du 20H de TF1 a recueilli son témoignage.
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Le 20H
Les évasions de prison ont toujours quelque chose de spectaculaire, de l’ordre de la cinématographie. Elles sont pourtant réelles, mettant en danger de mort les forces de l’ordre et les surveillants pénitentiaires, en particulier lorsqu’elles surviennent durant un transfert. Pour arriver à leurs fins, ces détenus et leurs complices n’hésitent pas à employer les grands moyens : à l’explosif pour Antonio Ferrara à Fresnes en 2003, à l’arme de poing pour Rédoine Faïd à Sequedin en 2013, puis en hélicoptère à Réau en 2018… C’est aussi en hélicoptère qu’Erik Ferdinand s’était évadé une première fois, le 16 avril 2007 à Liège, en Belgique, comme le rappellent les images d’archives introduisant le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article.
Cet homme est une ex-figure du grand banditisme, condamné pour vols, braquages ou extorsion. Il a, au total, passé 21 ans derrière les barreaux, entrecoupés de plusieurs cavales dont il accepte aujourd’hui de nous livrer certains détails, à visage découvert, sur un banc public de sa ville natale de Montpellier. « L’hélicoptère est descendu dans la cour de la prison, mais ce n’était pas prévu comme ça au départ. Donc là, le pilote a vraiment dû y aller pleins gaz, pour qu’on arrive à redécoller. On a eu un peu de mal à repartir »
, se souvient-il d’abord, arborant un ton et un visage sereins derrière d’épaisses lunettes de soleil.
Comment parvient-on à échapper durant de longues semaines, comme il l’a fait, à la traque des forces de l’ordre ? « Déjà, il faut de l’argent. C’est la base. Si tu n’en as pas, tu ne tiendras pas. Après, la priorité, ce sont de faux papiers d’identité. Et puis, une fois que tu es en cavale, tu ne fréquentes pas les boîtes de nuit, tu ne fréquentes pas les voyous, et tu ne mets pas ton doigt là où tu ne dois pas le mettre. Tu dois avoir une vie lisse. Mettre la ceinture, s’arrêter au feu rouge et au stop. Tu dois tout respecter à la lettre. Et dans ces moments-là, tes sens sont décuplés. Tu es en éveil parce que chaque matin quand tu sors, d’une part tu ne sais pas si tu vas rentrer le soir, et d’autre part, tu ne sais pas si tu vas rentrer vivant. Donc tu profites à 1.000% de ce que tu vis »
, détaille-t-il.
Le fugitif a fini par commettre une erreur : filmé par la caméra d’un péage en Italie, il est arrêté sur l’île de Murano, près de Venise, après six semaines de cavale. « C’est terrible, terrible, terrible… C’est le rideau qui tombe. Tu es mal, hein. Tu ressens une sorte de vide en toi. Tu te dis qu’il va falloir recommencer »
, confie encore celui qui parviendra de nouveau à s’évader en 2019, en l’occurrence du tribunal de Nîmes, où il comparaissait libre. Il restera quinze autres mois dans la nature, avant d’être repris puis de purger sa dernière peine. Libre depuis cinq ans, il assure ainsi avoir quitté le banditisme : « Aujourd’hui, tout est derrière moi. J’ai une nouvelle vie. J’ai bientôt 50 ans. Pour moi, c’est un passé vraiment, vraiment lointain. Des fois, je me demande même si c’est moi qui ai fait tout ça, tellement c’est gros »
, conclut le repenti, dont les pérégrinations restent rares.
Car les détenus, mais aussi les délinquants en fuite avant leur condamnation pour tenter d’échapper à la prison, font l’objet d’une traque sans relâche, menée par la brigade des fugitifs, appartenant à la PJ parisienne. « Parfois, par tous les moyens, ils essaient d’échapper à l’interpellation. Donc ça peut être en courant, en montant sur les toits, sur un balcon, etc. Ça, c’est ce qu’on veut éviter. C’est pour ça qu’on privilégie l’effraction et casser la porte, pour être directement sur eux. On a aussi mis une géolocalisation en place, pour voir quand l’individu se trouve à son domicile »,
explique un de ses membres au micro de TF1.
En amont de ces interpellations périlleuses, cette brigade s’applique, en outre, à débusquer le moindre faux-pas des individus recherchés, via un contact avec la famille ou des imprudences sur Internet. « On laisse des traces partout, dont des traces numériques. À un moment ou à un autre, la personne commet des erreurs. Et ce qu’il faut qu’elle sache, c’est que si on était sur un temps limité, elle pourrait peut-être passer entre les mailles, mais à partir du moment où on n’enterre jamais un dossier, elle ne sera jamais tranquille »
, insiste le commissaire divisionnaire Nathan Bauer, chef de la brigade des fugitifs, qui met fin à 1.000 cavales par an. Un chiffre à comparer aux 25 évasions de prison recensées en 2025, auxquels s’en ajoutent neuf en 2026.











