Depuis janvier 2025, les projets d’annexion du Panama, du Canada et du Groenland par Donald Trump ont été interprétés comme un retour de l’impérialisme prédateur. Cependant, le terme d’« impérialisme » n’est pas suffisant pour décrypter la logique de l’administration Trump ; celle-ci est guidée avant tout par le nationalisme.
Mais le nationalisme états-unien est particulier. Contrairement à une Europe petite et pleine d’Etats où les nations se sont construites à l’intérieur de lignes de démarcation relativement précises, la nation états-unienne s’est construite dans un continent gigantesque où la frontière était une zone très vaste, voire un territoire en soi.
Contrairement à une Europe où les nationalismes ont voulu créer ce que l’historien Benedict Anderson [1936-2015] appelait des « communautés limitées », c’est-à-dire des groupes homogènes dans des territoires aux dimensions modestes et aux frontières déjà partiellement fixées par l’histoire, les Etats-Unis ont ambitionné de créer une communauté illimitée, ou plutôt une nation sans frontières.
Idéologie de la « destinée manifeste »
Et contrairement à une Europe où les nations se sont lancées dans la conquête coloniale une fois leurs frontières nationales fixées, les Etats-Unis ont construit une nation et un empire en même temps, par l’expansion continue du pays dès son indépendance en 1783. La nation et l’identité états-uniennes sont en effet nées de l’expansion d’une frontière sans cesse repoussée par la conquête militaire et les achats de territoires, que ce soit vers l’ouest (au détriment des Français et surtout des Amérindiens), le sud (Espagnols et Mexicains) et le nord (Britanniques, Canadiens, Danois et Russes).
La construction rapide de cet énorme territoire a contribué à la naissance de l’idéologie de la « destinée manifeste » (« Manifest Destiny ») : en 1845, son promoteur, le journaliste et homme politique John O’Sullivan [1813-1895], expliquait ainsi à ses concitoyens qu’ils avaient été choisis par la Providence pour s’étendre sur l’ensemble du continent, et qu’à l’avenir, aucun pays européen ne ferait le poids devant les « deux cent cinquante à trois cents millions d’Américains destinés à se rassembler sous la bannière étoilée d’ici l’an de grâce 1945 ». Une fois la conquête du continent nord-américain achevée, l’expansion se poursuivit sous la forme d’un empire colonial d’outre-mer.
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