vendredi, avril 24

Alors que les tensions géopolitiques liées à la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran alimentent la volatilité des marchés des combustibles fossiles, les Européens sont confrontés à une flambée inquiétante du coût de l’énergie.

La hausse des prix pourrait peser sur le niveau de vie, mettre les entreprises sous pression et obliger les pouvoirs publics à engager des dépenses importantes pour amortir le choc.

« Le dernier pic des prix des combustibles fossiles – le deuxième à frapper l’Europe en quatre ans – rappelle douloureusement que la dépendance aux énergies fossiles est une vulnérabilité stratégique pour l’Europe et la raison fondamentale de ses prix élevés de l’énergie », explique Chris Rosslowe, analyste au sein du groupe de réflexion énergétique Ember.

« Une électricité propre, combinée à l’électrification, est la seule façon de se protéger durablement contre les flambées soudaines des prix du gaz et de l’électricité. »

Pour réduire sa dépendance à des sources de pétrole et de gaz instables, la Commission européenne a présenté un plan d’action le 22 avril.

AccelerateEU vise à garantir la sécurité énergétique et une énergie propre, abondante, produite en Europe et abordable pour les consommateurs et les entreprises de l’UE.

Les mesures vont des chèques énergie et de la baisse des taxes sur l’électricité à la suppression des obstacles à l’électrification des secteurs industriel, des transports et du bâtiment.

Les organisations du secteur des énergies vertes saluent ces propositions, tout en soulignant qu’elles doivent être appuyées par des réformes concrètes et applicables pour être réellement efficaces.

En quoi consiste le plan européen pour une énergie propre ?

AccelerateEU repose sur cinq piliers qui visent à « apporter un soulagement immédiat aux consommateurs confrontés à des hausses de prix de l’énergie et à accélérer la transition vers une énergie propre, sûre et abordable ».

La Commission propose de renforcer la coordination entre les pays de l’UE, tant au sein du marché unique que vis-à-vis des fournisseurs de combustibles fossiles, par exemple en remplissant les installations de stockage de gaz, en procédant à des libérations exceptionnelles de stocks pétroliers ou en adoptant des mesures nationales.

Un autre ensemble de mesures aidera les États membres à protéger les consommateurs, ainsi que l’industrie, face aux pics de prix, notamment au moyen de dispositifs ciblés de soutien au revenu, de chèques énergie et de réduction des droits d’accise sur l’électricité – généralement bien plus élevés que les taxes sur le gaz – pour les ménages vulnérables.

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La transition vers une énergie propre produite localement sera accélérée afin de réduire les importations de pétrole et de gaz. Pour inciter les industriels à augmenter leurs capacités et à investir davantage dans les renouvelables et les compétences, les mesures prévoient notamment un objectif d’électrification ainsi que la suppression des obstacles à l’électrification des secteurs industriel, des transports et du bâtiment.

Une modernisation et une transformation du système énergétique européen doivent garantir la pleine application des règles actuelles et accélérer les négociations sur le paquet « réseaux » de l’UE. Les réseaux électriques vieillissants, qui acheminent l’énergie vers les foyers et les entreprises, constituent un frein majeur à l’essor de l’éolien et du solaire.

Enfin, AccelerateEU propose de renforcer la mobilisation de capitaux privés pour la transition vers une énergie propre, en mobilisant des financements publics à la fois au niveau de l’UE et au niveau national.

« Transformer les mesures de crise à court terme en réformes durables »

Les acteurs des énergies propres soutiennent ces propositions, mais appellent à des actions qui non seulement protègent les consommateurs dès maintenant, mais accélèrent aussi la transition vers un système énergétique plus stable et plus abordable.

« La Commission reconnaît à juste titre que l’exposition de l’Europe aux chocs sur les prix de l’énergie ne tient pas à une défaillance passagère, mais à un problème structurel », estime Caterina Molinari, conseillère politique principale pour les questions de financement chez ECCO.

« Transformer des mesures de crise à court terme en réformes durables suppose de revoir la fiscalité et les prélèvements afin de réduire le coût de l’électricité et d’accélérer l’électrification. »

Louise Sunderland, directrice Europe du Regulatory Assistance Project, qualifie la proposition de réduire la part réseau et fiscale de la facture d’électricité – qui représente en moyenne plus de 50 % de la facture des ménages dans l’UE – de « mesure rapide allant dans la bonne direction ».

« Mais ces réformes ne seront efficaces qu’à la hauteur de leur mise en œuvre et de nombreux gouvernements n’ont pas encore utilisé la marge de manœuvre dont ils disposent déjà pour réduire la fiscalité sur l’électricité », ajoute-t-elle.

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Dries Acke, directeur général adjoint de SolarPower Europe, salue la décision de la Commission de fixer un objectif unique d’électrification à l’échelle de l’UE et de reconnaître la nécessité de porter la capacité européenne de stockage à 200 GW d’ici 2030.

Une capacité de stockage d’énergie insuffisante constitue un goulet d’étranglement majeur pour les renouvelables en Europe, certains pays étant régulièrement contraints de mettre à l’arrêt la production éolienne et solaire en raison de la congestion des réseaux.

« Le stockage d’énergie par batteries sera le principal moteur de cette montée en puissance, en permettant un système électrique à la fois sûr et compétitif », affirme Acke.

« La Commission ne propose toutefois pas de mesures concrètes pour atteindre ces niveaux de stockage par batteries et d’autres formes de flexibilité non fossile. »

Comme le résume Juliet Phillips, chargée de campagne chez Beyond Fossil Fuels, « AccelerateEU a posé le bon diagnostic, mais le traitement à long terme présente encore des lacunes. »

Des experts dénoncent l’absence de taxe sur les surprofits

Début avril, cinq pays de l’UE ont appelé la Commission à instaurer une taxe sur les surprofits des compagnies pétrolières et gazières, dont les bénéfices ont explosé à la faveur de la guerre en Iran.

Cette mesure ne figure toutefois pas dans AccelerateEU, ce qui conduit les militants de 350.org à avertir que le paquet reste insuffisant.

« En écartant une taxe sur les surprofits, l’UE passe à côté d’une occasion cruciale de faire payer les pollueurs et de financer la transition à l’échelle nécessaire », estime Fanny Petitbon, responsable France de l’organisation.

Selon elle, une taxe permanente sur les profits des énergies fossiles pourrait financer directement des transports électriques, des systèmes de chauffage et une industrie propres et abordables, tout en aidant les pays les plus vulnérables au climat à sortir des combustibles fossiles.

« Nous ne pouvons pas continuer à socialiser les pertes et à privatiser les gains », ajoute-t-elle. « Sans prélèvement coordonné à l’échelle de l’UE, la charge continuera de peser sur les ménages tandis que les compagnies d’énergies fossiles empocheront la différence. »

Ce texte a été traduit avec l’aide de l’intelligence artificielle. Signaler un problème : [feedback-articles-fr@euronews.com].

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