Basile, 21 ans, ignore ce qui est arrivé à Constance Bonacieux. En 2023, il est confortablement installé devant le premier volet des Trois Mousquetaires dans un petit cinéma belge, à Arlon. Au bout d’une heure, il s’éjecte de son siège pour courir aux toilettes. « J’ai raté la deuxième partie du film. Mon estomac m’avait encore trahi », ironise cet étudiant en histoire de l’art à la faculté de philosophie et lettres de l’université de Liège. « Une intolérance au lactose et autre chose dont le diagnostic traîne, il me reste encore deux analyses à faire », qu’il subit depuis l’enfance. Ses crampes, parfois accompagnées de vertiges, l’ont déjà contraint à refuser un « date » ou à rater un examen. Basile préfère en rire. Dans son groupe d’amis sur Instagram, le mème d’une fillette, sourire espiègle, devant une maison en flammes. En légende : « Basile qui reprend du tiramisu en connaissant les conséquences. »
Longtemps tabous, les troubles digestifs se sont imposés sur les réseaux sociaux. Le hashtag #GutHealth, terme un peu fourre-tout sur la santé intestinale, cumule 1,9 million d’occurrences. Des vingtenaires échangent sur leur probiotique favori ou se plaignent de ballonnements – photos de ventres gonflés à l’appui, boutons de jean ouverts. D’autres, charlotte en plastique sur la tête, se filment en route vers une coloscopie. A chaque fois, l’humour sert de filtre. « Tout le monde sait que je suis la nana la plus constipée de France », plaisante Fanny, créatrice de contenu. Pour le sociologue du numérique, Yann Bruna, ce phénomène s’inscrit dans une culture de l’authenticité : « Face à un idéal corporel très normé, dévoiler les coulisses de son corps génère davantage de réactions et devient plus partagé. »
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