Dans son dernier long-métrage, le documentariste Thomas Lacoste, 54 ans, donne la parole aux membres des Soulèvements de la Terre, collectif écologiste fort de victoires retentissantes sur le terrain des luttes (Notre-Dame-des-Landes, Loire-Atlantique ; Sainte-Soline, Deux-Sèvres). Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, avait tenté de le dissoudre en 2023, leur accolant le terme infamant d’« écoterroristes ». Construit comme une suite de témoignages face caméra, le film permet, simplement, de les écouter. Mieux, de les entendre. Et cela change tout puisque, au lieu de fanatiques radicalisés, l’on aperçoit des jeunes gens (mais pas seulement) à la pensée très solide. Le réalisateur nous explique à quel point le cinéma constitue un abri pour recueillir cette parole politique, rendue inaudible par le bruit médiatique.
Vous tournez depuis près de vingt ans. Qu’est-ce qui vous a amené au cinéma ?
Je viens du livre. Au début des années 1990, j’ai fondé Le Passant ordinaire, une revue de pensée critique qui faisait dialoguer philosophie politique, sciences humaines et pratiques artistiques. Le cinéma y était très présent, au même titre que la littérature ou les arts plastiques. Longtemps, je me suis pensé comme passeur plutôt que comme faiseur. Le passage au cinéma, à partir de 2007, vient d’un désir de changement d’échelle : la salle de cinéma est sans doute l’un des derniers espaces communs où l’on peut encore partager des affects.
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