- Le gouvernement a publié ce mercredi sa Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat.
- Attendu depuis plus de deux ans, le texte préconise une « limitation » de la consommation de viande et de charcuterie, et non une « réduction ».
- Les acteurs de la santé regrettent plusieurs « renoncements » sur la viande ou les aliments ultratransformés.
Après de multiples reports, le document a enfin été publié. Le gouvernement a livré ce mercredi 11 février sa Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, dite Snanc, publiée conjointement par les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, après quelque deux ans et demi d’attente sur fond de désaccords. Le texte préconise notamment « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie »
, et non une réduction.
Une réduction de la consommation de viande importée souhaitée
Le document prône en revanche de « réduire la consommation de viande importée »
. Parmi les autres objectifs affichés figure « une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS »
, le programme national nutrition santé. Soit une « augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et réduire la consommation de viande importée »
.
Sur le volet environnement, le texte affiche quelques objectifs, tels que « déployer l’affichage environnemental volontaire encadré pour les produits alimentaires mis sur le marché »
, ou encore la lutte contre le greenwashing en objectivant « les critères environnementaux »
. La Snanc veut aussi réduire de 50% le gaspillage alimentaire des ménages d’ici 2030, via notamment des campagnes de communication et une simplification des informations sur les dates de péremption des produits.
Des désaccords entre les ministères concernés
Censée définir l’action du gouvernement d’ici 2030 pour une alimentation saine et moins émettrice de gaz à effet de serre, la Snanc est issue de la Convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience qui a suivi en 2021. Elle aurait dû être présentée avant juillet 2023, mais a connu plusieurs péripéties.
L’alimentation représente près d’un quart de l’empreinte carbone des Français, dont 61% issus des « produits d’origine animale »
. Or les négociations ont été particulièrement âpres sur la formulation concernant la consommation de viande. Le terme de « limitation »
dans la consommation de viande est souvent employé au ministère de l’Agriculture. Le mot « réduction »
figurait dans le projet initial et était défendu par le ministère de la Transition écologique.
Le document finalement présenté parle de limitation, n’évoquant une réduction que pour la viande importée. Un remplacement qui avait déjà entraîné un premier blocage en septembre de la publication de la stratégie par Matignon, qui souhaitait remplacer l’idée de réduction par « une consommation de viande équilibrée »
.
Une « frilosité » et des « renoncements »
Serge Hercberg, co-créateur du Nutri-score, s’est félicité mercredi que « la Snanc sorte enfin »
. « Le texte fait un constat lucide de la situation nutritionnelle et environnementale et des grands enjeux qui y sont liés »
et comporte « des propositions d’intérêt »
. Mais il regrette « une frilosité et une timidité sur certains points comme l’absence d’avancées majeures en termes de réglementation de la publicité et du marketing pour éviter
une surexposition, notamment des enfants, à la promotion d’aliments dont la composition nutritionnelle est défavorable
et la consommation excessive délétère pour la santé »
.
Serge Hercberg regrette également l’absence d’« un objectif immédiat de réduction de la consommation des aliments ultratransformés »
. Le ministère de l’Agriculture était réticent à cibler les aliments ultratransformés, jugeant les risques insuffisamment définis. Le document final appelle à plus d’études sur le sujet, sans se prononcer pour des mesures dédiées.
D’autres acteurs de la santé estiment aussi que la Snanc n’est pas assez ambitieuse. « On est soulagés que cette stratégie soit sortie, on avait très peur qu’elle soit enterrée »
, a déclaré à l’AFP Stéphanie Pierre, chargée des questions de santé publique à France Assos Santé, qui rassemble les principales associations de patients. « Mais on attendait une stratégie beaucoup plus courageuse »
, a-t-elle nuancé. Stéphanie Pierre a fustigé l’influence de « lobbies agroalimentaires »
et regretté un manque de volonté pour encadrer la publicité contre la « malbouffe »
ciblant les mineurs.














