Après des fouilles illégales menées par un archéologue peu rigoureux ayant mis des restes humains dans un sac de course, il faudra patienter encore au moins six mois avant de savoir si un squelette découvert aux Pays-Bas est celui de D’Artagnan.
Durant cette période, les chercheurs vont faire des analyses supplémentaires pour déterminer si les ossements, enterrés sous une église néerlandaise, appartiennent au célèbre mousquetaire décédé il y a plus de 350 ans.
Après des mois de spéculations, la mairie de Maastricht (sud) a indiqué jeudi être tombée sur un os, avec des résultats de premières analyses fournissant « à la fois des indices et des nouvelles questions ».
L’histoire de ce squelette est digne d’un roman : un archéologue nommé Wim Dijkman a mené des fouilles illégales sans prendre beaucoup de précautions, ruinant une partie des découvertes.
« Il s’agit d’un ancien collègue qui a été le premier à effectuer des fouilles. Enfin, le terme +fouilles+ n’est pas tout à fait approprié. Il ne s’agissait pas de fouilles archéologiques », a déclaré lors d’une conférence de presse Gilbert Soeters, archéologue de la ville de Maastricht.
Cette dernière a pris le relais en menant des « fouilles d’urgence », mais a reconnu que l’enquête avait pâti des erreurs commises.
« Nous aurions aimé savoir précisément d’où proviennent certains restes, rangés dans une petite boîte à l’intérieur d’un sac de course, cela aurait considérablement simplifié l’énigme à laquelle nous sommes confrontés », a souligné M. Soeters.
M. Dijkman fait actuellement l’objet de poursuites judiciaires. Malgré plusieurs tentatives, l’AFP n’a pas pu le contacter.
Aucune documentation archéologique n’ayant été établie conformément aux normes habituelles avant les fouilles d’urgence, une partie du contexte archéologique a été perdue, affirme la ville de Maastricht.
La perte de ces informations limite les possibilités d’interpréter pleinement la tombe et le squelette, estime-t-elle.
– Trop de poisson –
L’origine du squelette et les circonstances du décès restent donc pour l’instant incertaines.
« Les caractéristiques du squelette correspondent à ce que l’on sait historiquement de D’Artagnan, mais elles ne sont pas suffisamment précises pour permettre une identification définitive. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires, » ont indiqué les autorités.
Des analyses ont par exemple permis d’établir que cette personne mangeait trop de poisson pour un Gascon comme D’Artagnan, originaire de Lupiac (Gers).
« L’analyse du collagène des échantillons prélevés a clairement montré que cette personne consommait beaucoup de poisson de mer : le poisson représentait entre 27 et 30 % de son alimentation habituelle », a indiqué la ville de Maastricht.
« Cette proportion est exceptionnellement élevée et ne correspond pas au profil d’un Gascon, qui a en outre passé une grande partie de sa vie à Paris et à Lille », a-t-elle ajouté.
– Vision « romantique » –
La découverte du squelette, dans la nef d’une église moderne de Maastricht dont les origines remontent au moins au XIIIe siècle, a suscité en mars un vif engouement médiatique à l’échelle mondiale.
Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan, célèbre mousquetaire des rois Louis XIII et Louis XIV, originaire de Lupiac (Gers) a passé sa vie au service de la couronne de France.
Ce gentilhomme gascon a inspiré au XIXe siècle à Alexandre Dumas son héros des Trois mousquetaires, célèbre aujourd’hui dans le monde entier grâce au roman et à de nombreuses adaptations cinématographiques.
Durant le siège de Maastricht en 1673, le mousquetaire a été tué, vraisemblablement par balle de mousquet. Son lieu de repos est depuis resté un mystère.
Les autorités ont indiqué qu’elles devaient mener des analyses archéologiques, historiques et génétiques supplémentaires afin de déterminer si les ossements avaient autrefois appartenu au célèbre mousquetaire.
D’ici là, toutes les hypothèses restent envisageables.
« Je garde espoir jusqu’à la dernière minute, mais est-ce vraiment réaliste? Je ne veux pas me laisser aller à une vision trop romantique », a déclaré le maire de Maastricht, Wim Hillenaar.
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