Des photos de cadavres décapités sont au cœur du procès d’Othman Garrido, jugé à partir de ce lundi 14 septembre pour assassinat et meurtres sous le règne de Daesh en Irak et en Syrie, où ce jihadiste français est resté huit ans.
Le procès devant la cour d’assises spéciale de Paris, va raviver le souvenir des années de terreur imposée par Daesh (acronyme arabe de l’Etat islamique) dans la décennie 2010 sur de vastes pans de territoires en Syrie et en Irak.
Comme quelque 1.500 Français, Othman Garrido, originaire de la ville de Montpellier, a rejoint les zones contrôlées par l’ancien califat de Daesh. Il y a combattu avant d’être arrêté et expulsé par la Turquie vers la France en 2020. Son père, un converti franco-espagnol y est mort en kamikaze en 2016, ses deux frères y ont été tués au combat.
Des images de décapitation
Aujourd’hui âgé de 32 ans, seul homme survivant de la famille, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il va devoir s’expliquer sur des photos retrouvées dans le téléphone qui aurait appartenu à sa femme, épousée religieusement dans les zones contrôlées par Daesh, avec qui il a eu deux enfants.
Principales pièces de l’accusation, ces images ont été transmises sur un disque dur aux enquêteurs français par les Américains, qui dirigeaient la coalition internationale ayant défait Daesh en 2019. L’une montre un homme au visage partiellement masqué par un foulard posant devant un cadavre décapité, la tête du supplicié à ses pieds. L’homme lève un index au ciel dans un signe d’allégeance à Daesh, présente du sang sur les mains, et peut donc être considéré comme l’auteur de l’assassinat, selon l’enquête.
Othman Garrido a admis une ressemblance mais a toujours démenti être le bourreau présumé de la photo, évoquant un temps la possibilité qu’il puisse s’agir d’un de ses frères. La photo n’est ni datée ni géolocalisée, l’identité de la victime reste inconnue, et les experts ne sont pas parvenus à formellement identifier l’homme masqué. « Il ne faut pas faire dire à une photo plus que ce qu’elle dit », insiste l’avocat de Othman Garrido, Me Antoine Ory. « Même à supposer que ce soit lui sur la photo, ça ne permet pas de dire qu’il est l’assassin. »
L’autre volet du dossier porte sur les meurtres de deux Iraniens (pendant la guerre civile syrienne, l’Iran soutenait le régime de Bachar al-Assad), exécutés en place publique en 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie, dans une de ces mises en scènes macabres qu’affectionnait Daesh.
Une série de photos extraites du même téléphone montre un groupe de jihadistes posant autour des cadavres, les têtes tranchées posées sur les corps. Othman Garrido apparaît souriant sur les clichés, tenant par les épaules les deux bourreaux, deux jihadistes français, Yacine Rettoun et Oumar Diaw, présumés morts depuis. Il y a également des photos de lui dans le pick-up de jihadistes amenant les Iraniens sur le lieu de leur mise à mort. Il a reconnu avoir assisté à l’exécution.
« Déconstruction idéologique »
Le procès, prévu jusqu’au 21 septembre, va faire une large place aux témoins familiaux et aux experts pour cerner la personnalité et l’histoire de l’accusé. Né dans une famille baignant dans l’idéologie jihadiste, Othman Garrido a eu une enfance dominée par la radicalisation religieuse et a été déscolarisé à 12 ans pour travailler sur les marchés avec son père. Parti de son plein gré en Syrie à 18 ans, en 2012, il rejoint Jabhat al-Nosra, la branche syrienne d’Al Qaïda, puis Daesh après la scission entre les deux groupes.
Les psychiatres et psychologues ont relevé que le Français semblait avoir amorcé en détention une prise de recul par rapport au discours jihadiste. Il paraît avoir entamé « une déconstruction idéologique », note en avril 2023 l’administration pénitentiaire. « Garrido a fait un chemin, et est engagé dans une démarche sincère », assure son avocat.
Condamné en 2017 dans une procédure distincte à 15 ans de réclusion pour avoir rejoint les rangs de Daesh, participé à des combats sur place et exhorté les musulmans de France à commettre des actions violentes, Othman Garrido, qui était encore en Syrie au moment de ce procès, doit être rejugé en sa présence sur ces faits le 22 septembre.
Article original publié sur BFMTV.com

