Le nombre de civils tués dans la guerre qui ravage le Soudan depuis près de trois ans a plus que doublé en 2025, a déploré, jeudi 26 février, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk.
L’année 2025 a connu « une augmentation de plus de deux fois et demie du nombre de civils tués comparée à l’année précédente », sans compter les disparus et les corps non identifiés, a déclaré M. Türk devant le Conseil des droits de l’homme, réuni à Genève.
Les combats entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) se sont intensifiés l’an dernier avec un recours accru aux drones de longue portée et des bombardements touchant « des écoles, des hôpitaux ou des lieux de culte » dans les zones peuplées, a-t-il déploré.
« Cette guerre est sale, sanglante et insensée », a-t-il dit, en pointant la responsabilité des deux camps, qui ont jusqu’à présent rejeté toute trêve, et des « parrains étrangers », qui alimentent « par cupidité » un conflit « de haute technologie ». Les atrocités perpétrées par l’armée et les paramilitaires incluent des violences sexuelles, des exécutions sommaires et des détentions arbitraires, a-t-il affirmé.
« Carnage »
Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a notamment pointé « le carnage » perpétré au Darfour par les FSR en avril 2025 lors de leur assaut sur le camp de déplacés de Zamzam, puis en octobre 2025 lors de leur offensive sur El-Fasher, dernier bastion de l’armée dans cette vaste région de l’ouest.
Dans les deux camps, « les corps des femmes et des filles soudanaises ont été instrumentalisés comme armes pour terroriser les communautés », avec plus de 500 victimes recensées de viol, de torture sexuelle et d’esclavage sexuel ayant parfois entraîné la mort, a-t-il dit.
M. Türk a aussi pointé « l’inquiétante escalade des frappes de drones et des blocus » imposés par les FSR et l’armée au Kordofan, région voisine du Darfour désormais au cœur des combats. Depuis le 1er janvier, ces attaques ont tué ou blessé près de 600 civils, a-t-il dit. Les drones, surtout ceux des FSR, ont visé « des infrastructures vitales, notamment des centrales électriques, des barrages et des dépôts de carburant », aggravant les conditions de vie des civils.
En même temps, « les attaques ciblées contre le personnel de santé, (…) les convois humanitaires et les approvisionnements alimentaires – tous protégés en droit international – coupent les dernières bouées de sauvetage et aggravent l’une des crises humanitaires les plus graves au monde », a-t-il déploré.
« Logique du profit »
M. Türk s’est aussi inquiété des attaques des deux camps contre les journalistes, les dissidents et les défenseurs des droits humains, tout en pointant « la militarisation croissante de la société, avec le recrutement d’enfants et de jeunes ». Il a ensuite fustigé « la logique du profit de ceux qui mènent la guerre » et de « ceux qui tirent avantage d’un conflit par procuration pour les ressources ».
Comme lors de ses précédentes interventions, il a appelé « à empêcher les livraisons d’armes sur l’ensemble du territoire soudanais » et à respecter l’embargo sur les armes au Darfour. « Nous avons un besoin urgent de pressions diplomatiques et politiques plus fortes afin de pousser les parties vers une trêve humanitaire débouchant sur un cessez-le-feu permanent », suivi de « négociations de paix et d’une transition vers un régime civil inclusif », a-t-il dit.
Malgré les avancées rapides promises par Donald Trump, la médiation internationale menée par le groupe du Quad (Etats-Unis, Egypte, Arabie saoudite, Emirats arabes unis) piétine, a reconnu la semaine dernière l’émissaire américain Massad Boulos.
Les Emirats arabes unis ont été plusieurs fois accusés de fournir aux FSR des hommes et des armes, ce qu’ils démentent farouchement. L’armée a utilisé des drones fournis par l’Iran, les FSR ont dénoncé des frappes depuis « un pays voisin », pointant implicitement l’Egypte, qui a démenti toute interférence.
Le Soudan figure parmi les pays les plus pauvres au monde, mais dispose d’un sous-sol riche en or et en pétrole, de terres fertiles irriguées par le Nil et ses affluents, ainsi que de plus de 800 kilomètres de façade maritime sur la mer Rouge.












