- Depuis les premières fortes chaleurs du printemps, les noyades mortelles endeuillent de nombreuses communes.
- En moins d’un mois, 142 personnes ont perdu la vie, pour plus de la moitié dans des lieux « ni autorisés ni surveillés », a déploré la ministre des Sports.
- Ces baignades sauvages restent particulièrement dures à contrer sur les plans d’eau, face à des baigneurs en quête de fraîcheur à tout prix, constatent plusieurs élus locaux.
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Canicule, vagues de chaleur, sécheresse, incendies… Un été 2026 de tous les dangers en France
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L’immense banderole « baignade interdite »
qui barrait le site et la poignée de médiateurs dépêchés n’auront pas dissuadé les baigneurs. Sous une chaleur écrasante, en plein week-end de la Pentecôte, un millier de personnes se pressent à la base de loisirs de Bois-le-Roi, en Seine-et-Marne, où la surveillance n’était pas encore lancée. Échappant à la vigilance de ses parents, une fillette de 4 ans est sauvée in extremis de la noyade… mais décède finalement une semaine plus tard à l’hôpital. Le premier drame d’une longue série noire (nouvelle fenêtre) pour les bases de loisirs franciliennes.
Dès le lendemain, la région Île-de-France, responsable de ces sites, ordonne aux huit bases ouvertes à la baignade de débuter la surveillance sans attendre juillet, comme à leur habitude. Mais impossible pour autant de couvrir l’ensemble des 1.000 hectares de plans d’eau dont la collectivité a la charge. Les tragédies se sont enchaînées, touchant principalement des jeunes vingtenaires : on recense déjà sept noyades mortelles cette année, dont six en zones interdites, contre une seule sur toute l’année 2025 et aucune en 2024. « Une explosion, c’est du jamais-vu »
, se désole le vice-président du conseil régional d’Île-de-France Patrick Karam, chargé des Sports.
Le phénomène est loin de se limiter à la région parisienne. En pleine succession de canicules, 142 personnes sont mortes de noyade depuis le 19 juin, soit bien plus que l’an passé à la même période (nouvelle fenêtre), a indiqué mercredi la ministre des Sports Marina Ferrari. Dans « plus de 55% »
des cas, elles « ont lieu dans des lieux de baignade qui ne sont ni autorisés ni surveillés »
.
Des cours d’eau particulièrement dangereux
Parmi eux, les cours d’eau sont particulièrement concernés, dans un pays où ils totalisent 680.000 kilomètres. Dès la fin mai, les Voies navigables de France (VNF) alertaient déjà (nouvelle fenêtre) sur les baignades sauvages et signalaient une « forte augmentation des noyades mortelles, notamment chez les enfants ou les adolescents »
à l’été 2025. Selon Santé publique France, 169 personnes avaient alors perdu la vie, soit 21 de plus que lors de la saison précédente. « Cette année, on s’attend à ce que les chiffres soient encore en hausse, parti comme c’est »
, anticipe Françoise Le Failler, directrice de la communication de cet organisme public.
Face aux fortes chaleurs à répétition, le besoin de fraîcheur est criant, mais « ces lieux qui peuvent paraître idylliques sont
en fait très dangereux
(nouvelle fenêtre)«
, insiste-t-elle. À commencer par les roches, pieux métalliques et autres blocs de béton qui peuvent se cacher dans les fonds des canaux et rivières. Autant de dangers invisibles depuis la rive ou depuis des ponts, depuis lesquels les jeunes s’amusent souvent à sauter. « Autour des écluses et des barrages, c’est aussi très dangereux : il y a des risques d’aspiration, à cause du courant et des tourbillons »
, ajoute la représentante.
Face à ces baignades sauvages, les élus ne peuvent pas s’empêcher de ressentir du « découragement »
, concède Noëlle Chenot, co-présidente de la commission sports de l’Association des maires de France. « Les gens ne se rendent pas compte que les interdictions ne sont pas là juste pour embêter le monde, mais parce qu’il y a danger »
, déplore l’édile (sans étiquette) de Surzur, dans le Morbihan. « Et le jour où le malheur tombe, c’est quand même nous qui devrons dire à la famille :
votre gamin de 16 ans, vous n’allez plus jamais le voir de votre vie. »
« Vous ne pouvez pas les arrêter » : des interdits bravés sans fin
Sur sa commune, l’élue a été confrontée à des baignades sauvages sur une ancienne carrière privée, désormais mise sous barbelés, mais elle redoute malgré tout le retour de baigneurs. À l’échelle du territoire national, ce sont « des drames au quotidien, et on n’a pas de moyens efficaces »
, regrette-t-elle. « Ceux qui veulent braver les interdits le feront, on ne peut rien y faire. On ne peut pas mettre une caméra ou un policier devant toutes les zones non-autorisées, c’est impossible »
, appuie la maire, qui insiste sur le coût financier de la surveillance (nouvelle fenêtre) pour les communes.
En dix ans à son poste, Patrick Karam en est venu au même constat amer : « Vous pouvez mettre tout ce que vous voulez en place, s’ils ont décidé de passer, ils passent. Vous ne pouvez pas les arrêter »
. Même lorsque des moyens de contrôle sont déployés, ils ne sont pas toujours efficaces. Sur les îles de loisirs franciliennes, des drones munis de haut-parleurs quadrillent les zones interdites, mais une fois des baigneurs repérés et les forces de l’ordre dépêchées sur place, seuls les petits groupes acceptent en général de sortir de l’eau. Face à des centaines de personnes, « cela peut prendre des heures pour les faire partir »
, relate l’élu LR. « C’est parfois même le jeu du chat et de la souris : ils sortent d’un côté pour repartir de l’autre. »
Un phénomène d’autant plus dur à endiguer que certains spots interdits font même l’objet d’une vraie publicité sur les réseaux sociaux. Sur la base de Val-de-Seine, dans les Yvelines, des centaines de personnes ont soudainement déferlé sur une zone non autorisée la semaine passée. Les alertes de la police n’ont pas pu empêcher un nouveau drame : alcoolisé, un jeune militaire s’est noyé. Son corps a été retrouvé cinq jours plus tard. Derrière les banderoles « danger de mort »
depuis installées, des baigneurs continuent malgré tout de s’y baigner.
Aménager sans pour autant surveiller, une piste possible ?
« À part la prévention, on est coincés »
, insiste encore Noëlle Chenot. L’élue exhorte ainsi à accélérer sur l’apprentissage de la nage dès le plus jeune âge (nouvelle fenêtre), mais aussi à continuer de marteler les « règles premières de sécurité »
. Du côté de la Ville de Paris, où un homme s’est noyé fin juin dans une zone non autorisée du canal Saint-Martin (nouvelle fenêtre), « des séances d’initiation à la natation en milieu naturel à destination de groupes d’enfants des centres de loisirs »
sont par exemple proposées, précise la municipalité socialiste. Sans compter « un nombre important d’agents sur le terrain afin de prévenir les comportements à risque »
sur les canaux. Les VNF, elles, misent sur des partenariats avec des influenceurs pour mettre en garde les plus jeunes.
Pour Patrick Karam, il faut aussi élargir les périodes de surveillance « dès les premières chaleurs »
. Mais surtout, l’élu espère convaincre la ministre des Sports, qu’il rencontrera à la fin du mois, d’aménager certaines zones non autorisées. Faute de moyens pour installer des sauveteurs partout, il plaide pour fournir « un minimum de sécurité »
sur les sites les moins dangereux : bouées signalant les zones profondes, borne d’appel aux secours…
Pas de quoi empêcher les noyades, mais au moins les « limiter »
, insiste le vice-président de région. « Aujourd’hui, si vous aménagez un site de baignade, il est considéré comme zone autorisée et il faut le surveiller. C’est tout ou rien ! »
, déplore-t-il. Au risque d’encourager des baigneurs à se rendre sur ces sites nouvellement aménagés ? « Ils viendront de toute façon,
rétorque-t-il. On ne peut pas rester les bras croisés, il faut qu’on arrête de pleurer les morts. »




