Avec notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier
Sur la forme, la performance semble avoir convaincu. En Une de la presse nationale ce mercredi 9 septembre, Ahmadou Al Aminou Lô est qualifié d’« imperturbable », de « pugnace ». Le Premier ministre « tient tête à l’Assemblée », titre de son côté le journal Walf Quotidien.
Face à un hémicycle hostile, dominé par le Pastef, Al Aminou Lô s’est présenté en technocrate. Sans entrer dans les dossiers les plus politiques, il a tenu un discours voulu réaliste. « Nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026 », a-t-il déclaré. Une posture de réalisme qui peut « rassurer » les Sénégalais, analyse un professeur en sciences politiques, dans un contexte où le bras de fer politicien qui oppose Bassirou Diomaye Faye à Ousmane Sonko fatigue une partie de la population.
En revanche, du côté du Pastef, rien de rassurant. Pour le parti, le Premier ministre a confirmé mardi qu’il se plierait aux « diktats » du FMI, et à la restructuration qu’Ousmane Sonko a toujours rejetée. À noter qu’Ahmadou Al Aminou Lo n’a pas pris le risque de demander la confiance des députés, et a évité une probable motion de censure.
Le Premier ministre condamne des propos xénophobes
Autre déclaration remarquée pendant ce grand oral, le Premier ministre a reconnu et condamné la montée de discours xénophobes visant des ressortissants de la sous-région installés au Sénégal. « Il faut que cela cesse », a-t-il lancé, en référence à des intimidations et discours hostiles plus nombreux dans le débat public depuis le début du mois de juillet. « Nous avons tous des parents venus de la sous-région. Cette stigmatisation ne nous grandit pas », a insisté Al Aminou Lô.
Le Premier ministre visait ici, sans le nommer, le député nationaliste Tahirou Sarr. L’élu qui siège à l’hémicycle depuis novembre 2024 tente d’imposer ces dernières semaines la question migratoire dans le débat public. Appuyé par de jeunes partisans sensibles à son discours, il accuse les commerçants guinéens de nuire aux intérêts économiques du pays. Tahirou Sarr pointe le laxisme de l’État, qu’il juge responsable de « l’envahissement » illégal des clandestins nigériens, sierra-léonais ou encore maliens dans les rues de Dakar et de la pression mise par ces derniers sur les services publics du pays.
Même si cette ligne reste marginale et largement condamnée par la classe politique, la société civile s’inquiétait d’une pente glissante. Elle attendait une prise de position claire des autorités.
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