Apparenté à un ensemble de « sentiers de traverse » – image qui se justifie par l’existence de passerelles entre les œuvres –, cet album se présente comme un puzzle en 35 pièces : 23 de György Kurtag (dont trois non encore publiées), neuf de Robert Schumann et trois de Leos Janacek. Leur agencement, très étudié, donne lieu à un parcours cohérent mais ouvert. Les Jatekok (« jeux ») de Kurtag y font office de panneaux indicateurs à double sens. Ils annoncent – souvent, par leur titre – la nature des étapes principales du programme (« fleur » au début, « adieu » à la fin), mais ils trouvent leur origine (spirituelle et matérielle) dans des références au passé (hommage à Henri Pousseur, transcription de Jean-Sébastien Bach). Paradoxalement, Schumann semble avoir écrit les Scènes de la forêt pour qu’elles accueillent ultérieurement l’expression du Hongrois qui le vénère. Quant à Janacek (auquel Kurtag consacre aussi un Jatekok « à la manière de… »), il sert moins, avec Sur un sentier recouvert, à lier les pièces des deux autres compositeurs qu’à les mettre en perspective. Sensible aux variations de lumière et d’étoffe qui régissent la musique de Schumann et celle de Janacek, Laurence Mekhitarian flatte et frappe l’oreille dans le cycle de Kurtag avec un respect qui n’exclut pas le vécu personnel. Pierre Gervasoni
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