La liste noire du Trésor états-unien vient de s’allonger de nouveaux noms. Ceux de hauts responsables et généraux cubains, dont le président de l’Assemblée nationale, les ministres des Communications, de la Justice et de l’Énergie. En tout neuf noms, auxquels s’ajoute la Direction générale du renseignement. Leurs avoirs détenus aux États-Unis sont désormais gelés. Il est également interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou possédant une filiale aux États-Unis, de faire affaire avec eux.
Washington a également renforcé les sanctions déjà existantes contre le ministère cubain de l’Intérieur et la police nationale. Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui avait déjà annoncé début mai des mesures coercitives contre le conglomérat d’entreprises Gaesa, lié à l’armée, a averti dans un communiqué que d’autres sanctions seraient bientôt prononcées. « Ce climat nuit au tourisme. Il fragilise aussi les envois de devises par la diaspora, qui sont vitaux pour l’économie », relève Laurine Chapon, chercheuse à l’université Sorbonne-Nouvelle.
Des discussions dans l’impasse
Ces nouvelles sanctions accentuent la pression que les États-Unis exercent déjà sur Cuba. L’embargo mis en place en 1962 a été renforcé en début d’année par un blocus énergétique qui asphyxie lentement le pays. Les réservoirs d’essence sont secs, les coupures d’électricité se multiplient, mais rien n’y fait : le régime continue de refuser les réformes économiques et politiques exigées par Washington contre un allègement des sanctions. Les négociations officialisées le mois dernier sont dans l’impasse.
Une nouvelle rencontre a eu lieu jeudi 14 mai à La Havane en présence notamment du directeur de la CIA, John Ratcliffe. Le lendemain, des responsables états-uniens indiquaient à CBS que la justice s’apprêtait à poursuivre Raul Castro pour l’abattage, le 26 février 1996, de deux avions Cessna appartenant au groupe d’exilés cubains Brothers to the Rescue. Quatre personnes avaient été tuées. La Havane avait accusé les appareils d’avoir violé son espace aérien ; Washington assure qu’ils se trouvaient au-dessus des eaux internationales.
Raul Castro, alors ministre de la Défense, est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans l’opération. Mais 30 ans après les faits, l’inculpation de l’ancien dirigeant a de quoi interpeller. « Cela s’inscrit dans la même logique que celle qui avait précédé l’enlèvement de Nicolas Maduro, avance la chercheuse Laurine Chapon. Il s’agit de trouver des chefs d’inculpation qui justifient une potentielle intervention militaire ou le renforcement des sanctions sur l’île. »
La menace d’un « bain de sang »
La petite musique d’une opération sur le modèle de celle ayant conduit à la capture de l’ex-président vénézuélien le 3 janvier dernier se fait de plus en plus insistante. L’aviation états-unienne multiplie les missions de renseignement au large des côtes cubaines. Washington s’inquiète désormais de l’achat de 300 drones par Cuba. Selon des sources citées par le site d’information Axios, La Havane songerait à s’en servir pour attaquer la base de Guantanamo, des navires militaires ou même la ville floridienne de Key West, à seulement 90 miles de là. De quoi justifier, là encore, une intervention armée.
La perspective inquiète les élus républicains. Plusieurs sénateurs ont même mis en garde Donald Trump, jugeant que l’armée avait déjà fort à faire en Iran. Ouvrir un nouveau front serait une énorme erreur, estiment-ils, a fortiori à quelques mois des élections de mi-mandat où le Grand Old Party se prépare à subir une défaite cuisante. Le président cubain Miguel Diaz Canel, de son côté, prévient : une attaque se solderait par un « bain de sang », a-t-il menacé sur X.
Une manière de mobiliser sa population et d’alerter la communauté internationale. Mais face aux forces états-uniennes, l’armée cubaine ne fait pas le poids, considère Laurine Chapon. « L’appareil militaire est bien structuré, les services de renseignement sont performants et la culture militaire est très ancrée dans la société depuis la révolution. Mais le matériel date de l’époque soviétique, il est dans un état déplorable. Par rapport aux États-Unis, le déséquilibre est criant », pointe la chercheuse.
Sans compter que le réservoir dans lequel l’armée cubaine pourrait puiser ses forces est aussi limité. La population est vieillissante. Plus de 2 millions de personnes, essentiellement des jeunes, ont quitté le pays depuis 2022.











