mercredi, avril 29

S’imposer en deuxième division, puis viser la Ligue des champions. Telle est l’ambition de François Ruffin, candidat déclaré à la présidentielle (et fan de métaphore footballistique.) Le député de la Somme, réalisateur césarisé du documentaire « Merci Patron ! » et ancien membre du groupe LFI à l’Assemblée, accélère sa campagne, un an avant l’échéance.

Après un premier meeting samedi à Lyon, devant quelque 2 000 personnes, il profite de plusieurs déplacements pour décliner ses propositions et donner corps à son slogan « nous, président. » Ce mercredi 29 avril, il est par exemple à Vesoul, en Haute-Saône, auprès des salariés de Stellantis, pour parler désindustrialisation. Autant d’occasions, aussi, d’afficher sa ferme détermination pour le printemps prochain.

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Le député de 50 ans est bien candidat à travers la très incertaine primaire que les directions du PS et des écologistes essaient d’organiser avec plusieurs autres profils satellites à gauche. Mais face aux difficultés des unionistes et aux nombreux prétendants récalcitrants, François Ruffin affirme désormais qu’il ira jusqu’au bout. Même sans processus de départage.

Ruffin le « travailliste »

Pour cela, le Picard cultive sa ligne singulière, qui se veut patriote, protectionniste et populaire. En opposition, par exemple, à la mondialisation et à la libre circulation « des capitaux, des marchandises et des hommes. » Lui, s’est dépeint en « travailliste », samedi, à Lyon, en faisant la part belle aux propositions ou à l’imaginaire des « gilets jaunes. » Un des mouvements sociaux qu’il a ausculté de près ces dernières années, avec Nuit Debout.

Dans ce discours, en forme d’entretien d’embauche, François Ruffin a donc rappelé plusieurs de ses premières propositions, centrées sur le pouvoir d’achat ou la justice fiscale, ses deux priorités. Au programme : l’augmentation du SMIC à 1 700 euros nets mensuels, l’indexation des salaires sur l’inflation, ou, nouveauté, « une prime obligatoire de 1 000 euros » versées « sans cotisation ni fiscalité » pour les salariés les plus modestes. Des mesures d’inspiration mélenchoniste, ou macroniste, somme toute relativement consensuelles à gauche.

Dans le cocktail Ruffin, ce n’est pas ce volet-là qui détonne. Le député de la Somme entretient en revanche une vision différente de nombre de ses comparses sur les questions de sécurité ou d’immigration, des thèmes sensibles dans son camp et structurants dans le débat politique. Ainsi, sa dernière sortie, contre « l’immigration pour le travail » (mardi sur France 2), suscite nombreuses critiques chez ses adversaires ou concurrents.

« Les vieilles recettes de l’extrême droite », accuse LFI

Pour la députée écologiste Léa Balage El Mariky, cette rhétorique revient à « opposer travailleurs français et étrangers ». « Dangereux », écrit-elle sur les réseaux sociaux. Mais les voix les plus cinglantes à son égard sont sans doute à trouver du côté de la France insoumise et de ses anciens compagnons de route. « Cela s’appelle reprendre les vieilles recettes de l’extrême droite », fustige par exemple Ersilia Soudais, dans le sillage de plusieurs élus LFI.

Pourtant, cette position n’est pas nouvelle chez François Ruffin. « Dans les différentes formes d’immigration, il faut choisir. Autant la France, dans sa tradition, doit accueillir les réfugiés politiques, autant je suis hostile au discours qui revient sur l’immigration choisie », résumait le Picard dans les colonnes de Marianne, en février.

Pour lui, il ne faut pas « chercher de la main-d’œuvre dans les pays du Sud, comme on l’a fait hier pour l’industrie », une logique qui peut appauvrir les pays de départ et tirer les conditions de travail vers le bas dans les pays d’arrivée, mais répondre aux pénuries « par de la formation, par des salaires, (…) un statut qui rendent ces métiers-là désirables. » Une approche que le député maintient dans une note de blog titrée « pourquoi le Medef veut 3,9 millions de travailleurs immigrés », et publiée ce mercredi, en réponse à la polémique.

Des signaux positifs

Pour François Ruffin, cette séquence à le mérite de créer un débat autour de son projet, dans une précampagne brouillonne, marquée par la multiplication des ambitions à gauche. Comme l’avait fait son idée de « Puy du fou de gauche. » Bien sûr, le chemin reste très étroit pour le député, s’il veut incarner une troisième voie distante des pôles incarnés par Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann ou François Hollande. Lui-même se dit « conscient d’être plus un petit Poucet que le numéro un. »

Il n’empêche, plusieurs signaux attestent d’un début de campagne assez réussi, à son échelle. Pour se lancer dans la course, il a ainsi recueilli 100 000 soutiens en ligne en quelques semaines, mieux que le trio Boris Vallaud – Yannick Jadot – Raphaël Glucksmann avec leur « manifeste. » Alors qu’il réunissait plus de 2000 personnes à Lyon, grâce notamment à des bus affrétés depuis les antennes locales de son parti « Debout ! », le Picard pouvait compter sur autant de spectateurs en ligne. Intéressant, si l’on compare ces scores aux autres « petits candidats », prétendants à la primaire notamment.

Enfin, François Ruffin peut également se réjouir de ce que disent les rares sondages qui le mentionnent. Quand sa candidature est proposée, elle recueille toujours davantage d’intentions de vote que celle de Marine Tondelier ou de Fabien Roussel, le patron des communistes. Fin-mars, le député de la Somme était même crédité de 8 % d’intentions de vote dans une étude Elabe, contre 5 % pour la cheffe des écologistes. Pas si loin de Raphaël Glucksmann (12 %) et Jean-Luc Mélenchon (11 %).

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