La police antiterroriste a été chargée lundi de l’enquête sur le meurtre d’Ann Widdecombe, figure de la droite conservatrice au Royaume-Uni, une affaire qui réveille les inquiétudes sur la sécurité des personnalités politiques, dix ans après l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox.
Ann Widdecombe, 78 ans, a été retrouvée morte jeudi à son domicile, situé à Haytor, dans le Devon (sud-ouest de l’Angleterre). Son corps portait « des blessures graves », a indiqué la police.
Elle a été députée conservatrice de 1987 à 2010 et secrétaire d’État aux prisons (1995-1997). Fervente supportrice du Brexit, Ann Widdecombe avait quitté les Tories en 2019 pour rejoindre le parti de Nigel Farage, sous la bannière duquel elle a été élue députée européenne, avant de devenir porte-parole du parti anti-immigration Reform UK.
« C’est un jour sombre dans notre vie politique », a déclaré au Parlement la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood.
« Après de nouvelles informations et de nouveaux éléments de preuve », la police antiterroriste « est désormais chargée de l’enquête sur le meurtre atroce d’Ann Widdecombe », a-t-elle annoncé plus tôt sur X.
« Nous explorons plusieurs pistes d’enquête afin de déterminer le mobile de cette attaque », a dit le chef des services de police antiterroriste, Laurence Taylor.
Un homme de 28 ans, un « ressortissant britannique blanc », interpellé samedi soir dans le nord de l’Angleterre, est soupçonné d’avoir commis, préparé ou incité à commettre des actes de terrorisme, a indiqué la police antiterroriste du Sud-Est de l’Angleterre.
Il n’était pas connu du programme de lutte contre la radicalisation « Prevent », a dit Shabana Mahmood.
Selon le chef adjoint de la police locale Matt Longman, l’attaque a probablement « eu lieu mercredi 8 juillet vers 12H30 », soit 24 heures avant la découverte du corps de Mme Widdecombe.
La police et le gouvernement ont demandé de ne pas « spéculer » sur les motifs de cette attaque.
Nigel Farage a été vivement critiqué pour avoir déclaré dès samedi qu’il s’agissait d’un « meurtre prémédité ».
Il a affirmé sur X que la mort de Mme Widdecombe était un « terrible reflet de la Grande-Bretagne moderne », affirmant que les choses étaient « devenues encore plus dangereuses aujourd’hui » pour les élus politiques.
– « Sans crainte » –
« Je comprends l’inquiétude particulière que le parti Reform ressent aujourd’hui et bien sûr Nigel Farage », a assuré Shabana Mahmood au Parlement.
Elle lui a proposé une rencontre avec l’organisme indépendant rattaché au ministère de l’Intérieur qui assure la sécurité des personnalités publiques.
Ce meurtre « soulève des questions quant à la sécurité des personnalités publiques », a-t-elle souligné. La politique est « une vocation pour nous mais elle ne devrait pas être dangereuse », a-t-elle ajouté.
Shabana Mahmood a évoqué le député conservateur David Amess, tué par un membre du groupe jihadiste Etat islamique en 2021, ainsi que l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox par un militant neo-nazi avant le referendum sur le Brexit, en 2016.
La police doit publier « prochainement » des recommandations à l’intention des députés sur leur sécurité, a indiqué la ministre.
Le monde politique britannique rend hommage à Ann Widdecombe depuis son meurtre.
« Pendant près de 40 ans, elle a été une figure incontournable de notre vie politique. Elle a insufflé à notre vie politique une conviction ancrée dans sa profonde foi catholique », a déclaré Shabana Mahmood.
Elle s’est fait connaître du grand public dans les années 1990 en raison de ses positions socialement conservatrices, qui la plaçaient sur l’aile droite des Tories.
« Elle n’hésitait jamais à dire ce qu’elle pensait, sans crainte. Elle ne se souciait pas de savoir si son opinion serait bien accueillie ou à la mode », a déclaré le conservateur Chris Philp, saluant son « intégrité sans égal ».
Ann Widdecombe était également connue du public pour avoir participé à la version britannique de « Danse avec les Stars » et à la télé-réalité « Celebrity Big Brother ».
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