- Au cœur de l’immense jungle guyanaise, les orpailleurs illégaux, en majorité brésiliens, installent des camps de fortune.
- Les hommes du GIGN les traquent et s’attellent à détruire tout le matériel permettant aux garimpeiros d’extraire de l’or.
- L’équipe du 20H de TF1 a pu accompagner les militaires lors d’une opération périlleuse.
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Le 20H
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Il est 5h du matin à Cayenne, capitale de la Guyane, lorsque le chef de l’opération briefe son équipe. « L’objectif premier de la mission, c’est de détruire les outils de production de l’adversaire »
, énonce-t-il, avant de prévenir ses hommes : « La confrontation armée n’est pas à exclure. »
L’antenne GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) de Cayenne s’apprête à prendre part à une opération sensible et hautement risquée : détruire les plus gros sites d’orpaillage illégaux, installés dans l’immense jungle guyanaise. Une mission périlleuse à laquelle l’équipe du 20H de TF1 a pu exceptionnellement assister.
L’une des terres les plus aurifères du monde
À bord d’un hélicoptère Caracal de l’Armée de l’air, les hommes du GIGN survolent la forêt qui couvre l’essentiel de la Guyane, l’une des terres les plus aurifères du monde, frappée par une ruée vers l’or en provenance des pays voisins du Brésil et du Suriname. Dans sa jungle, une zone de non-droit, des orpailleurs et des bandes armées s’affrontent pour en extraire le précieux métal. L’antenne GIGN de Cayenne a pour mission d’endiguer ce phénomène meurtrier et destructeur de la faune et de la flore locale. Et ce, dans le cadre de l’opération Harpie, lancée en 2008 par l’État français et dotée de 70 millions d’euros par an.
Devant la caméra de TF1, les militaires repèrent un site actif. Un premier groupe descend sécuriser la zone. Les fusils d’assaut sont chargés. Les orpailleurs illégaux, en majorité des Brésiliens clandestins, fuient à toute allure lorsqu’ils aperçoivent les militaires français. Au-dessus de nos journalistes, un second hélicoptère avec un tireur d’élite embarqué se tient prêt, car dans la jungle, le danger peut surgir de n’importe où.
Les moteurs, pompes et puits détruits
Une fois sur la terre ferme, nous découvrons des hectares de forêt ravagés et des campements abandonnés à la hâte par les garimpeiros, l’autre nom des chercheurs d’or clandestins. Des vêtements sont encore posés sur des fils tendus entre des arbres. Les militaires débutent leur mission : la destruction des moteurs, des pompes et des puits que les orpailleurs utilisent pour extraire l’or de la jungle.
Les hommes du GIGN mettent le feu à un concasseur, qui sert à broyer la pierre pour en extraire l’or. Sophie, l’infirmière du groupe, surveille de près, car « il y a un risque très fort de brûlure au troisième degré, avec une atteinte vitale »
. Dans toute la jungle, ce sont plusieurs kilos d’or qui sont extraits illégalement chaque semaine, selon les militaires.
Des campements installés près des sites d’extraction
Quelques minutes plus tard, sur un autre site, ce n’est pas juste un chantier d’orpaillage que les militaires découvrent, mais un village caché en plein cœur de la jungle. Ici, la manœuvre est millimétrée. Les chercheurs d’or clandestins ont tendu des cordes entre les arbres pour empêcher les hélicoptères de se poser. À la moindre erreur de pilotage, l’accident peut être fatal. Sur place, les militaires inspectent un campement. Tout y est fait pour que les orpailleurs puissent s’installer pendant plusieurs mois, et ainsi maintenir une activité 24h/24 sur les sites d’extraction à proximité.
Électroménager, générateurs électriques… Les militaires détruisent absolument tout, même ce qui semble être le plus insignifiant, comme des packs de bouteilles de soda encore entourés de film plastique. « Ils se font acheminer ça par pirogue. Par contre, ça coûte très cher. Plus c’est loin, plus c’est difficile d’acheminer la nourriture, et c’est payable en or »
, explique un homme du GIGN, qui précise qu’une simple bouteille de soda peut être échangée contre 1 g d’or. Le prix du gramme d’or s’élève… à 120 euros.
« Comment reconnaître le chef de site ? »
Les militaires l’ont constaté : avec la flambée du cours de l’or, l’activité sur les sites d’orpaillage illégaux se développe à vitesse grand V. Les petites mains qui vivent sur ces sites sont brésiliennes pour la plupart. « Je suis venue travailler ici avec l’espoir d’une vie meilleure au Brésil. J’aimerais construire une maison là-bas »
, confie la cuisinière du camp au micro de TF1. Les militaires sont davantage tolérants face à ces personnes. Leurs cibles, ce sont les logisticiens, les têtes de réseau, qui sont bien plus difficiles à trouver.
« Il peut aussi y avoir un chef de site, il est peut-être là. Mais comment le reconnaître ? On ne sait pas, donc à moins de l’attraper avec de l’or sur lui ou de la marchandise prohibée, drogue, arme, on n’est pas en mesure de le reconnaître »
, déplore l’un des hommes du GIGN. La journée touche à sa fin. Mais la mission est loin d’être terminée. Sur le retour, les militaires aperçoivent des pirogues chargées de moteurs et de vivres pour alimenter les chantiers des orpailleurs.
En Guyane, l’orpaillage clandestin est responsable de la destruction de 150 hectares de forêt et de 100 km de cours d’eau chaque année. D’après un bilan de la préfecture rendu public en décembre, 8000 chercheurs d’or clandestins, répartis sur près de 600 sites illégaux, ont extrait six tonnes d’or en 2025. Quelque 280 gendarmes et militaires sont mobilisés quotidiennement et plus de 1000 patrouilles sont effectuées chaque année dans le cadre de l’opération Harpie pour lutter contre ce fléau aux impacts économiques, environnementaux et sanitaires. Les chercheurs d’or clandestins utilisent notamment du mercure pour agglomérer les paillettes d’or. Interdit en France depuis 2006, ce métal pollue les eaux et les sols et crée de graves problèmes de santé dans la population locale.
N.K | Reportage TF1 : Ignacio BORNACIN, David PIRES et Antoine SILBERMAN




