- Ses vidéos mettaient en scène des violences et des humiliations sur des personnes sans-abri filmées dans un manoir de Saint-Gervais-la-Forêt (Loir-et-Cher).
- L’influenceur Mounim Sabhi a été placé en détention provisoire la semaine dernière.
- Peu de temps avant, le magazine de TF1 « Sept à Huit » avait rencontré ce créateur de contenus au pedigree sulfureux.
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Sept à huit
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Il se présente comme un bon samaritain. Mounim Sabhi, « influenceur », ancien patron de boîte de nuit à Blois, est l’animateur des comptes TikTok, Kick et Twitch « La Team du Château », une téléréalité qui met en scène des personnes sans-abri filmées dans un manoir de Saint-Gervais-la-Forêt (Loir-et-Cher) et qui réunit plus de 100.000 abonnés. Une apparente success-story, mais la semaine dernière, Mounim Sabhi a été interpellé, placé en garde à vue et incarcéré pour soupçon de violences et d’humiliations en direct.
Plusieurs anciens participants à ses lives ont porté plainte contre lui. Dans son communiqué, le procureur de la République de Blois parle de provocation à la haine et d’abus de faiblesse « portant sur de nombreux faits de violences et d’humiliations rapportés et constatés aux préjudices de personnes présentant pour la plupart une grande vulnérabilité et/ou précarité »
. Les enquêteurs s’appuient sur des contenus où on voit Mounim Sabhi ridiculiser et malmener des personnes fragiles.
Nous, on ne cache pas la misère. C’est des gens, tu les aimes ou tu les aimes pas.
Nous, on ne cache pas la misère. C’est des gens, tu les aimes ou tu les aimes pas.
Mounim Sabhi
Quelques jours avant sa mise en détention, l’influenceur avait ouvert les portes du château de Saint-Gervais-la-Forêt, dont il dit être propriétaire, à une équipe de « Sept à Huit ». Il y héberge des personnes aux trajectoires heurtées, le temps, dit-il, de les aider à trouver un emploi ou un logement. « Franchement, il m’a beaucoup aidé. Je suis arrivé ici, j’avais presque rien. Et maintenant, je vais passer des formations, donc il m’a pas mal aidé »,
reconnait l’un d’eux, dans le reportage ci-dessus.
Né au Maroc, arrivé en France à l’âge de 6 ans, Mounim Sabhi dit avoir lui-même grandi dans une cité difficile. « J’ai été à la rue depuis l’âge de 10 ans, je suis plus jamais rentré chez moi (…) Je dormais dans les caves et il y avait personne pour moi. J’aurais bien aimé qu’il y ait un Mounim à l’époque qui vienne et qui me sorte. Je pense que j’aurais été beaucoup plus mûr et j’aurais été beaucoup plus loin »,
explique-t-il. Mais ses pensionnaires, l’influenceur les filme aussi en permanence et diffuse les vidéos sur les réseaux sociaux. « Nous, on ne cache pas la misère. C’est des gens, tu les aimes ou tu les aimes pas. C’est comme ça. Nature peinture »,
affirme-t-il.
Tout a démarré il y a deux ans. Mounim Sabhi a décidé de prendre en charge les SDF qui ne trouvent pas d’hébergement grâce au 115, le numéro d’urgence pour les personnes sans-abri. Le créateur de contenus dit avoir ensuite commencé à filmer pour appeler aux dons. « Ils étaient marrants dans leur vie de tous les jours. Je voulais les faire connaître. Car on ne fait voir que le côté : ‘ouais, ils sont à la rue, ils sont comme ça, ils sont défoncés’. Je voulais faire voir un peu leur côté humain (…) C’était marrant, rigolo (…) C’est mieux que de regarder BFM TV qui raconte que la guerre, que les problèmes, que les trucs comme ça »,
argue-t-il.
Une téléréalité provocante
De l’appel aux dons à la téléréalité, il n’y a eu qu’un pas. Le château a accueilli jusqu’à 25 pensionnaires, parfois porteurs de handicap, précaires, cabossés. Surnommés dans les lives Gargamel, Cafard. Ou Mini King, une personne de petite taille placée sur une vidéo dans un distributeur de bouteilles. Tous deviennent les vedettes de cette téléréalité qui peut paraître provocante. Certains contenus sont, selon Mounim Sabhi, potaches. Des jeux avec des gages pour les perdants, comme se faire épiler à la cire, être déguisé en femme, ou encore manger un piment. « En fait, les jeunes, nous tous, on participe. Moi j’ai mangé des croquettes, j’ai mangé du piment. On s’est déjà tous déguisés (…) On les déguise, on les maquille. Il n’y a rien d’humiliant »
, insiste-t-il.
Mais d’autres lives sont plus violents, montrant cette fois des bagarres entre pensionnaires. On voit aussi Hervé, un homme handicapé, poussé dans la piscine et se débattre, ou avec le visage tuméfié, après, selon le live, une chute. Hervé se fait aussi régulièrement insulter en direct par les spectateurs. Est-il le souffre-douleur de ce programme si particulier ? L’homme avoue ne s’être jamais senti ridiculisé. « On me prend en photo. Les gens me reconnaissent, ils me disent :
« la star de Blois », pointe-t-il, tout en reconnaissant être en froid avec sa fille, « parce qu’elle n’aime pas trop ».
Est-il alors sous emprise ? Il admet en tout cas avoir confié à Mounim, et à sa compagne Floriane, la gestion de sa vie. « Ils s’occupent de mes comptes, de tous mes papiers. Je fais confiance à Floriane. Je les considère comme mes parents un peu »,
assure-t-il.
On est H24 sous pression. Si on se met pas en live, il nous gueule dessus.
On est H24 sous pression. Si on se met pas en live, il nous gueule dessus.
Cindy, une pensionnaire qui a quitté le château
Une ambiance toxique qui n’est pas modérée par la plateforme Kick, hébergée en Australie, qui autorise aussi la consommation d’alcool en live. Les pensionnaires du château sont filmés sans contrat ni rémunération. « En fait, moi, c’est familial, y’a pas d’association, y’a rien. C’est un truc qu’on fait familial, y’a rien. Lui, il a besoin, on est là pour lui. On va pas lui faire signer un contrat en contrepartie. Non, non, y’a zéro contrepartie. Ici, on est comme ça, de bon cœur »
, se défend Mounim Sabhi. Mais ses vidéos peuvent générer de l’argent, car les spectateurs envoient des cadeaux qu’ils achètent en ligne. Certains cadeaux coûtent quelques centimes, d’autres plusieurs centaines d’euros. La plateforme en redistribue environ la moitié aux auteurs de contenus, comme Mounim Sabhi.
Cindy, une autre pensionnaire qui a quitté le château, accuse. « On est H24 sous pression. Si on se met pas en live, il nous gueule dessus. C’était une charge mentale… grave. Le pire, c’est que quand on gagne des sous sur TikTok avec nos lives, on est obligé de lui redonner »
, avance-t-elle. L’influenceur affirme, lui, n’avoir gagné que peu d’argent grâce aux réseaux sociaux. Mais pour aller plus loin, cet été, il avait lancé un nouveau concept : « Touche pas à mes addictions ». Cela consistait à réunir au château 15 jeunes, qui n’étaient pas des sans-abris, pendant 30 jours. Celui qui parviendrait à ne pas boire ni fumer pouvait gagner 10.000 euros. Quatre de ces jeunes affirment que les commentaires des spectateurs étaient racistes et sexistes, sans aucune modération de la part de Mounim Sabhi. Pire, selon eux, « il les encourageait littéralement »
.
Déjà poursuivi par la justice
A Blois, cette affaire intervient alors que Mounim Sabhi fait déjà l’objet de poursuites. Le 3 septembre, l’influenceur était convoqué au tribunal correctionnel pour une plainte déposée par son ex-compagne pour « violences conjugales »
. L’affaire a été renvoyée. Concernant ses bars et boîtes de nuit, il est mis en examen pour « suspicion d’escroquerie en bande organisée, travail dissimulé, abus de biens sociaux et blanchiment »
. Enfin, au printemps, il a été condamné à six mois de prison ferme, aménagés sous port de bracelet électronique, pour refus de se soumettre à un contrôle routier en état d’ivresse.
L’enquête sur les dérives supposées de la téléréalité « Team du Château » a démarré en avril dernier. Mercredi 23 septembre, à l’issue de sa garde à vue, Mounim Sabhi a été mis en examen et incarcéré pour « violences, humiliations, provocations à la haine et abus de faiblesse ». Il risque cinq ans de prison et 750.000 euros d’amende. Son avocat, Henri de Beauregard, minimise auprès de « Sept à Huit ». « Il pense n’avoir tué personne, n’avoir blessé physiquement personne. Peut-être est-ce qu’il s’est moqué de gens, mais est-ce que ça doit justifier un placement en détention provisoire ? L’idée qu’il en avait, c’était que les personnes étaient d’accord, qu’elles étaient en capacité de donner cet accord. Il faut admettre qu’il y a des gens qui acceptent l’idée de se faire filmer dans des situations qui ne sont pas à leur avantage. Il faut, à mon avis, se défier de confondre le droit et la morale »,
plaide-t-il.
Au château de Saint-Gervais-la-Forêt, 3.400 euros en liquide et du matériel vidéo ont par ailleurs été saisis. La demeure a aussi été mise sous séquestre ; ses pensionnaires doivent quitter les lieux. En parallèle, la section cybercriminalité du parquet de Paris, qui a ouvert en janvier une information judiciaire contre la plateforme Kick, a étendu son enquête à « La Team du Château ». Mounim Sabhi est présumé innocent. Il sera jugé le 19 novembre.

