samedi, juin 13

  • Jeune papa de « Backrooms », en salles en France le 17 juin, le youtubeur Kane Parsons est un véritable phénomène.
  • Adapté de sa propre websérie, ce film d’horreur à petit budget fascine le grand public et les critiques, bluffés par son talent précoce.
  • À 20 ans à peine, il est déjà le plus jeune réalisateur n°1 du box-office de l’histoire du cinéma.

Le film d’horreur prend un coup de jeune, épisode 2. Alors que l’Américain Curry Barker, 26 ans, cartonne avec Obsession, une romance horrifique qui a déjà attiré près de 800.000 spectateurs en un mois, le public français s’apprête à découvrir le talent de son cadet Kane Parsons, 20 ans, dont l’épatant Backrooms débarque sur nos écrans le 17 juin prochain. Aux États-Unis, ce premier film d’une folle inventivité a détrôné The Mandalorian and Grogu fin mai, son auteur devenant le plus jeune réalisateur n°1 au box-office de tous les temps. Rien que ça.

Si Ken Parsons était encore un illustre inconnu pour les médias mainstream il y a encore quelques semaines, ce Californien aux cheveux bouclés et aux yeux bleus qui semble à peine sorti de l’adolescence était déjà une petite star dans le monde parallèle des réseaux sociaux sous le patronyme équivoque de Ken Pixels. Fils d’un concepteur de jeux vidéo et d’une psychothérapeute, il s’est formé lui-même aux logiciels d’effets numériques comme Blender et After Effects avant de poster ses premières vidéos en ligne à l’âge de 14 ans.

Au départ, une légende urbaine numérique

Après avoir créé sa chaîne YouTube en 2015, ce passionné du jeu Minecraft se lance dans la création de court-métrages. On lui doit notamment une adaptation du manga L’Attaque des Titans en six court-métrages d’une maîtrise assez bluffante. Jusqu’au jour où, en se promenant sur le forum 4Chan, il fait la découverte d’une « creepypasta », une légende urbaine numérique conçue par un internaute anonyme à partir de la photo d’un magasin de meubles abandonné dont le papier peint défraîchi et les néons jaunâtres lui filent la chair de poule. La websérie The Backrooms est née.

À partir de janvier 2022, Ken Parsons publie une série de petites vidéos en « found footage », ces vraies-fausses images d’archives qui ont fait le succès de films phénomène comme Le Projet Blair Witch, Paranormal Activity, REC et autres Chronicle. Amplifiant le décor de la photo d’origine, il promène sa caméra dans un dédale de pièces vides où anonymes et scientifiques se retrouvent à la merci de terrifiantes créatures protéiformes. Des dizaines de millions de vidéos vues plus tard, le phénomène attire l’attention de Lucas Ford, dénicheur de talents pour 21 Laps, la société de production du réalisateur Shawn Levy.

Soutenu par le studio indépendant A24, et parrainé par des pointures de l’horreur comme James Wan et Osgood Perkins, Kane Parsons se lance dans l’adaptation cinématographique à l’été 2025, alors qu’il vient de fêter ses 19 ans. Tourné pour moins de 10 millions de dollars, Backrooms est le genre de petit miracle qu’il faut voir pour le croire. Au croisement de l’univers du jeu vidéo et de l’art contemporain, c’est un coup d’essai magistral, inventif et inquiétant, doublé d’une dimension psychanalytique qui laisse pantois au regard du jeune âge de son auteur.

Clark, son personnage principal, est le patron d’un magasin de meubles qui vient de se faire virer de chez lui par sa femme à la suite d’une énième dispute. Alors qu’il vient de confier son malheur à Marie, une psy elle-même hantée par le souvenir de sa mère schizophrène, il fait la découverte d’un passage secret au sous-sol de sa boutique… Interprété par le Britannique Chiwetel Ejiofor et la Norvégienne Renate Reinsve, l’égérie de Joachim Trier, Backrooms a dépassé toutes les attentes, avec 118 millions de dollars de recettes le week-end de sa sortie fin mai aux États-Unis, offrant à A24 son meilleur démarrage « all-time ».

Timide mais sûr de lui, Ken Parsons enchaîne depuis les plateaux de télévision, Jimmy Fallon allant jusqu’à transporter son célèbre talk-show dans les décors de son univers fou, fou, fou. Entre des spectateurs enthousiastes et des critiques impressionnés, des petits malins se sont empressés de faire courir la rumeur que Backrooms aurait été réalisé par Mark Duplass le réalisateur de la série Togetherness qui joue un petit rôle dans le film. Non seulement ce dernier a publiquement pris la défense de son protégé. Mais l’intéressé lui-même a répondu aux sceptiques, en commentaire d’une vidéo YouTube alimentant la polémique.

« Tout cela est vrai », peut-on lire dans sa prose pleine d’humour. « On ne vous le dit pas, mais 96% de tous les films sortis en Amérique du Nord et en Europe sont en fait réalisés par la même personne. Ils l’appellent « le vieux monsieur ». Il a tout Hollywood sous son emprise depuis des décennies. Ils vous font signer tous vos droits de propriété intellectuelle, vos droits sur la vie et vos informations génétiques lorsque vous entrez dans l’industrie. Et il adore les films. »

À l’heure où les blockbusters paresseux et hors de prix se vautrent les uns après les autres au box-office, le succès de Backrooms est peut-être le signe qu’une nouvelle génération venue des plateformes est capable de créer des œuvres à la fois excitantes, profondes et originales pour une poignée de dollars. Titillé il y a quelques jours par le journaliste ciné américain Matt Belloni, Ken Parsons a laissé entendre qu’il avait déjà refusé les approches des majors. Elles rêvent de lui offrir les clés de l’une de leurs franchises à bout de souffle ? Il préfère créer la sienne puisqu’il planche déjà sur la suite de son chef-d’œuvre.

>> Backrooms de Ken Parsons. Avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass. 1h51. En salles le 17 juin

Jérôme VERMELIN

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