Des tournages en 35 mm des années 1970 aux vidéos de la décennie suivante, l’acteur français Alban Ceray fut un pilier de la pornographie filmée. Dans ses mémoires, Du lit au divan (La Table ronde, 1992), il s’agace contre une star du cinéma grand public qui l’aurait battu froid. Il l’accuse même d’ingratitude car, selon lui, sa filmographie à lui aurait financé sa filmographie à elle. De fait, un lieu commun parmi les vétérans du « porno » français veut que le classement X ait fait la bonne fortune du cinéma d’auteur, les surtaxes du premier abondant les aides du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) au second.
De même, la création, en 1976, d’un « ghetto » de salles spécialisées dans le X a évité une concurrence frontale parfois cruelle pour les mêmes écrans. A l’automne 1975, certains réalisateurs prestigieux, dont Costa-Gavras en personne, ne se plaignaient-ils pas que des films d’auteur soient absents de nombreuses villes, faute d’écran disponibles du fait de l’omniprésence du porno ? Sur le papier, la thèse d’Alban Ceray est donc séduisante. Et elle rejoint l’éternel procès d’un milieu de la culture élitiste, accusée de vivre aux crochets du divertissement populaire, bref, d’un genre de cinéma qu’elle mépriserait.
Il vous reste 75.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.















