- Une étude lie la victimisation chronique au narcissisme vulnérable.
- Ce trait marqué par une faible estime de soi et une hypersensibilité à la critique.
- Ce comportement vise souvent à manipuler en jouant le « rôle de martyr ».
Dans votre vie, vous avez sans doute déjà croisé la route d’une personne qui a tendance à se lamenter sur son sort. Vous l’écoutez d’une oreille attentive pendant qu’il vous raconte ce qu’il semble avoir enduré, mais quelque chose ne sonne pas juste dans son discours. Vous avez envie d’aider, mais la nature de sa victimisation vous laisse perplexe. Surtout, quand cette victimisation est perpétuelle. Votre intuition peut être fondée. Une étude publiée dans la revue Personality and Individual Differences
(nouvelle fenêtre), s’est penchée sur cette victimisation chronique et elle fait un lien avec le narcissisme.
Pour les chercheurs, cette « tendance à la victimisation interpersonnelle » répond à quatre composantes : un besoin de reconnaissance de sa souffrance, un élitisme moral, un manque d’empathie (nouvelle fenêtre) et une tendance à ruminer (nouvelle fenêtre)sur les torts passés. « Se faire passer pour une victime est un outil de manipulation
« , confirme le psychologue Pascal Anger à TF1info. Il précise que l’individu « va agir de manière innocente, retourner toutes les situations en sa faveur, il va être comme sympathique aux yeux des autres, or en fait, c’est un tyran. C’est une manière de se défausser de ses actes, de dire que ce n’est pas de sa faute, mais de celle des autres
« .
La mentalité de victime et le narcissisme « vulnérable »
L’étude précise que cette « mentalité de victime » est davantage associée à des traits du narcissisme vulnérable. Une structure même de personnalité et non pas seulement une affaire de traumatisme. Contrairement au narcissisme grandiose qui se caractérise par une forte estime de soi et une grande assurance, le narcissisme vulnérable se caractérise par une faible estime de soi, une hypersensibilité à la critique et des comportements défensifs. Cette personne « va manquer d’assurance, elle va se donner un faux air en fait, parce qu’elle n’aime pas se tromper, ni admettre ses erreurs, elle va utiliser tout ce qu’elle peut pour être sur la défensive
« , précise le psychologue. Parce que cette personne ne sait pas se remettre en question, elle va avoir tendance à se « comporter en martyr » et « c’est en ça qu’il est narcissique, c’est sa façon de se faire valoir
« . Le narcissique est « dans sa réalité et toute sa force va être de remettre en question le jugement des autres. Il va déformer tout ce qui lui est dit et qui ne lui va pas, puis il va essayer de toujours trouver la faille chez l’autre
« .
Pour Pascal Anger, un narcissique avec un syndrome de la victime n’a pas toujours conscience de ses actions. D’après le spécialiste, ils sont « parfois victimes de leur façon d’agir. C’est une personne qui a des blessures, mais qui se débat avec et ça le fait souffrir, mine de rien. Mais d’un côté, il en joue pour attirer la sympathie. Il est aussi le problème, mais c’est comme s’il était dépendant de ce qui se passe autour de lui
« . L’autre doit leur montrer qu’il n’est pas nul, qu’il est brillant et à la moindre contrariété, il se sert de cette mentalité de victime pour faire mal à l’autre. « D’où l’importance de lui faire prendre conscience de lui-même, ce qui n’est pas facile, parce que ce ne sont pas des personnes qui vont aller volontiers chez le psy pour se faire recadrer, ou même prendre conscience de ce qui se passe en eux
« , déplore le spécialiste qui ajoute que « assez souvent, c’est à travers la dépression qu’ils vont se rendre compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez eux
« .
Suivre son intuition
Néanmoins, que cette mentalité de victime soit consciente ou inconsciente, Pascal Anger rappelle qu’il est important de « faire attention, parce que ces personnes ne vous prennent pas en considération, d’une certaine façon, vous êtes un objet pour eux et rien d’autre
« . Et pour déceler un syndrome de la victime chez un narcissique, il conseille de suivre d’une part son intuition, mais également de tenter de voir comment la personne répond à l’humour, aux remarques, de tester son honnêteté, de voir les promesses qui n’ont pas été tenues. « Tout ce qui va permettre à un moment donné de sortir des situations de manipulation
« , explique Pascal Anger. Et pour déstabiliser un individu narcissique, il estime que la seule chose à faire, « c’est de les ramener aux droits et aux règles. Si vous les ramenez aux droits et aux règles, à ce moment-là, ils se sentent mal
« .












