Philosophe et enseignante en classe préparatoire, Sophie Djigo se dit encore « sidérée » qu’un projet pédagogique ait pu conduire à « ça » : des centaines de messages de haine sur X et des médias d’extrême droite. Dans cette vague de commentaires, le pôle national de lutte contre la haine en ligne n’est parvenu à identifier que six comptes. Ces six prévenus – dont seuls deux étaient présents à l’audience – ont comparu pour cyberharcèlement, mardi 10 janvier au tribunal correctionnel de Paris.
Agés de 53 à 72 ans, originaires de Marseille de région parisienne ou de Bretagne, ils ont participé à la vague de messages qui a déferlé au sujet d’une sortie pédagogique organisée à l’automne 2022 par Sophie Djigo et deux de ses collègues. Les élèves de classe préparatoire du lycée Watteau de Valenciennes (Nord) devaient rencontrer les bénévoles d’une association d’aide aux migrants à Calais (Pas-de-Calais) et réaliser une initiation à l’ethnographie dans le cadre d’un projet de plus long terme consacré à l’exil et aux frontières. Cette journée, prévue le 2 décembre 2022, n’a pas eu lieu « pour raisons de sécurité ». Car, dès le 28 novembre, le collectif Parents vigilants, proche d’Eric Zemmour et de son parti Reconquête !, publie les détails de la sortie et provoque des réactions virulentes en chaîne.
Si neuf personnes, dont le président du parti ou la responsable de Parents vigilants, devront comparaître fin mars pour diffamation envers la professeur, l’audience du 20 janvier, consacrée à son cyberharcèlement, s’est intéressée à des « citoyens lambda », selon les mots d’un des avocats de la défense.
Qu’« on empale cette collabo »
Derrière leur écran d’ordinateurs et sur leurs comptes souvent anonymes, ils se sont « lâchés » sur X, comme le reconnaît Eric E., informaticien à la retraite. « Ces islamocollabos gauchistes foutez donc la paix aux gosses qui n’ont en rien à foutre de vos clandestins envahisseurs ! », avait-il ainsi écrit sur le réseau social. Deux prévenus doivent aussi répondre de la qualification de « menaces de mort ». Jean-Christophe A., 55 ans, aide-soignant à Marseille, demandait qu’« on empale cette collabo, en direct du campus des migrants ». « Moi perso je suis la mère d’une gamine qui me dit qu’elle va visiter un camp de migrants l’enseignante elle passe six mois [dans] le coma », avait renchéri à son tour Nathalie V., retraitée.
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