Des punchlines plus percutantes, des propositions plus explicites et davantage de terrain: le candidat LR à la présidentielle Bruno Retailleau fait feu de tout bois en cette rentrée politique pour tenter de décoller dans les sondages et faire taire les divergences internes.
« Nous sommes entrés dans le money time », affirme l’entourage du patron des Républicains, reconnaissant qu’il y a « un match dans le match entre les candidats » à droite et au centre « et que c’est maintenant que ça se joue ».
Estimé dans les sondages entre 6 et 12%, Bruno Retailleau a préparé cette rentrée décisive avec une équipe plus structurée – le préfet Franck Robine a pris en août ses fonctions de directeur de campagne, des porte-parole doivent être nommés la semaine prochaine. Le voilà plus armé pour rompre avec sa discrétion estivale, officiellement due à l’écriture de son livre à paraître cet automne.
Premier changement: son programme divulgué par étapes depuis son entrée en campagne en février a été simplifié, à l’image de sa promesse que « le travail paye plus », présentée initialement d’une manière assez indigeste et qu’il résume désormais plus directement comme « quasiment deux mois de plus de salaire » pour les employés.
Et puis, le choix des mots: si Jean-Luc Mélenchon et LFI restent son chiffon rouge, il va désormais jusqu’à les qualifier de « collabos » des islamistes.
Idem lorsqu’il cible Édouard Philippe et Gabriel Attal. S’il persiste à nier qu’il soit lui-même macroniste malgré son année passée à Beauvau, il choisit désormais de présenter ses deux rivaux comme des « contaminés » par les deux quinquennats du chef de l’État.
Une stratégie qui passe aussi par une présence renforcée sur le terrain. Après les universités d’été du Medef jeudi où il a promis que les entreprises ne seraient plus des « vaches à lait », il se rend vendredi à la Foire agricole de Châlons-en-Champagne pour s’adresser au monde rural auquel il affirme appartenir.
L’objectif de Bruno Retailleau est de « bouleverser » la campagne et de remettre en cause « le privilège » dont bénéficie Édouard Philippe, perçu comme le candidat le mieux placé à droite pour accéder au second tour, explique son entourage.
Le patron de LR entend aussi tirer profit du duel entre Édouard Philippe et Gabriel Attal qui a assuré mardi qu’il n’y avait « plus de favori » dans le bloc central. Un constat qui « nous va très bien », sourit l’un des proches du Vendéen.
– « Le troisième homme » –
Bruno Retailleau a aussi besoin de gagner des points pour faire taire les rumeurs d’un ralliement inéluctable à Édouard Philippe, une petite musique propagée par le RN et Éric Ciotti, mais aussi par les membres de son parti qui ne croient pas aux chances de leur propre candidat.
« Il est le troisième homme d’un match à trois et cette position n’est pas confortable », affirme une source parlementaire LR qui voit dans ses attaques contre LFI une volonté « d’exister en tentant de créer un ping-pong avec Jean-Luc Mélenchon » qui l’ignore pour l’instant.
Plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une primaire du centre et de la droite, primaire que Bruno Retailleau s’est dit vendredi prêt à « affronter ».
Même ceux qui l’ont soutenu l’an dernier face à Laurent Wauquiez pour prendre la présidence du parti commencent à s’impatienter.
À l’image du président LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand qui a confirmé jeudi son intention de se lancer dans la course à l’Élysée. Son homologue d’Ile-de-France, Valérie Pécresse, a réitéré cette semaine son soutien à Bruno Retailleau, tout en ajoutant qu’elle voyait « des signaux de convergence politique très intéressants » avec… Édouard Philippe.
Si Bruno Retailleau avait semblé un temps en mesure de rassembler sa famille après avoir reçu l’appui de 75% des adhérents à sa candidature, son départ du gouvernement Lecornu en octobre 2025, et la suspension prononcée contre les membres de son parti ayant choisi d’y rester, a suscité de l’amertume.
« Il est dans un traquenard parce que je pense qu’il voit l’impérieuse nécessité de se retirer, mais il a autour de lui des mauvais génies qui l’incitent à se maintenir et qui lui mettent une pression de folie », affirme l’un de ces ministres ostracisés du parti.
Un autre se montre plus bienveillant et lance un appel au ralliement: « Je dis à Édouard Philippe et à Bruno Retailleau, démerdez-vous, mais entendez-vous ! ».
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