Face aux désordres du monde, aux menaces trumpistes contre le Groenland, aux besoins de l’Union européenne, à la guerre commerciale entre les grands blocs, la vie politique française offre, une nouvelle fois, un spectacle désolant. Pendant plus de trois mois et après trois cent cinquante heures de débat, en commission ou dans l’Hémicycle, les députés n’ont pas réussi à faire le moindre compromis sur le projet de loi de finances, texte crucial paralysé à cause des ambitions et des faux-semblants des uns et des autres.
Lundi 19 janvier, « avec regret et un peu d’amertume », le premier ministre, Sébastien Lecornu, a mis des mots sur le marasme français, dénonçant les « tentatives très claires de pression, de sabotage », décrivant un pays incapable d’avancer, qui se « donne en spectacle »… Il fallait sortir de l’impasse. Les deux voies de passage qui s’offraient à Matignon, l’article 49.3 de la Constitution ou les ordonnances, ne devraient pas exister dans un monde politique vraiment rationalisé.
La situation étant ce qu’elle est, M. Lecornu a choisi la moins mauvaise des solutions : engager la responsabilité de son gouvernement après avoir fait des concessions pour s’assurer une non-censure des socialistes et du parti Les Républicains. Le prix de la stabilité dans un paysage totalement fracturé.
Théâtre de boulevard
Tout le monde sortira perdant de cette nouvelle séquence. Emmanuel Macron, qui a renforcé ce désordre avec sa dissolution incompréhensible de l’Assemblée nationale en juin 2024. M. Lecornu, qui avait fait la promesse de se passer du 49.3 et misait sur le dialogue pour « repousser le désordre » et « remettre du calme ». Les députés et tous les partis, qui avaient une nouvelle occasion de prouver que l’Assemblée nationale peut être le cœur battant de la République. Ils savent le faire : les discussions apaisées sur des sujets importants comme la fin de vie l’ont prouvé. Sur le budget, l’Hémicycle est encore une fois devenu un théâtre de boulevard où chaque groupe joue son rôle, obnubilé par sa propre image et insensible à la cohérence d’ensemble.
Juste pour montrer qu’il lutte contre le « millefeuille territorial », le Rassemblement national a ainsi fait passer une coupe brutale de 4,9 milliards d’euros dans le budget des collectivités. La veille, la gauche avait, au contraire, revalorisé cette dotation globale de fonctionnement. Afin de ne pas écorner leur politique probusiness, les députés du bloc central ont repoussé un amendement de leur propre gouvernement sur la surtaxe des bénéfices des grandes entreprises alors que la voie du compromis avec le Parti socialiste passait par là. Finalement, la copie budgétaire ne ressemblait plus à rien. Jouée dans des travées souvent désertées, cette tragi-comédie n’intéresse pas une grande partie des Français et renforce la colère des autres.
A quinze mois d’échéances électorales importantes, il est urgent que l’Assemblée nationale soit préservée de l’ivresse du scrutin présidentiel. Les débats très importants pour le pays, notamment ceux sur la fiscalité des entreprises, sur les contributions des ultrariches, sur les économies à faire et les investissements de long terme, doivent être menés pendant la campagne présidentielle. D’ici là, le personnel politique doit permettre au pays d’aller de l’avant ou, au minimum, de ne pas reculer sur les grands enjeux, en particulier la défense et la transition écologique. Car les blocages créés par les postures, loin de redorer l’image des partis et des candidats, ne font qu’accentuer le désarroi ou la colère d’une partie des Français. Deux sentiments sur lesquels prospère l’extrême droite.












